La lettre à Lulu
N° 77 - juillet 2012

Essai n'essaime. L'AFPA, une officine à la coule


L'Afpa coule, les pays de Loire vont la maintenir à flot. Trop cool.


Essai n'essaime. L'AFPA, une officine à la coule
En 2009, la région a lancé une bouée (officiellement, on dit "marché public") de 100 millions d’euros, dans le cadre de la création d’un "service public régional de formation". Ce coup de pouce couvrait le budget antérieur de l’assoce régionale. L’élu du conseil régional déclare alors que "seule l'Afpa sera capable de répondre". Et ? L’Afpa des Pays de la Loire a bien entendu obtenu ce super marché. Près de trois ans après cette manne sur mesure, véritable investissement visionnaire, le même conseil régional s'apprête à renflouer l’AFPA, pas loin de la cessation de paiement. Au plan national, le Ciri, le Comité interministériel de restructuration industrielle, cellule chargée d’aider les entreprises dans la panade, va aussi boucher les trous.

Direction assistée

Cet argent a bien profité, mais pas forcément aux chômeurs en attente de formation. La gestion de cet organisme qui, comme Pôle emploi, fait partie de l’improbable "service public de l’emploi", a été pour le moins surprenante. Quand le directeur général de la boîte a été viré, on a appris que le développement d’un mirifique "plan stratégique" (qui aura coûté 8,7 millions d'euros, dont 4,9 millions pour "assistance à la direction générale"), avait poussé l’Afpa à se payer des cabinets spécialisés d'une performance rare, dont l’un aurait, selon la CGT, palpé en moyenne 25 000 euros par jour d’intervention. Le directeur général de ce fleuron du service public et son entourage proche auraient, toujours selon la CGT, bénéficié de petites gâteries : abonnement perso à l’association pour le rayonnement de l’opéra de Paris, à l’Automobile club de France, au forum francophone des affaires, de 3500 à 5900 euros chaque fois, et de très nombreuses voitures de fonction.

C’est l’histoire d’un vieux modèle de service public, victime de la décentralisation, et d’une politique musclée de mise au garde-mites du gouvernement Sarko qui, comme chacun sait, avait une certaine vision de l’humanisme. En 2009, l’AFPA s’est retrouvé sur le marché concurrentiel de la formation. Auparavant, le petit mammouth émargeait sur le budget de l'État (1 milliard d’euros).

Train de vie

Les Ligériens sont généreux. Pendant qu'ils se serrent la ceinture, leur argent aura permis à quelques uns de se desserrer la ceinture de plusieurs crans. "Un train de vie supérieur à celui d’une multinationale", selon le nouveau PDG (c'est une association, mais il y a un pédégé, c'est comme ça!), qui dès son arrivée, a supprimé cartes de crédit, voitures et logements de fonction. En Pays de la Loire, durant ces trois dernières années, la stratégie sarkozyste a été menée d’une main de fer par des cadres supérieurs fortement investis. Ainsi, l’AFPA a été particulièrement aidée par une équipe d’experts en compta, comme Olivier Labat, ancien des commandos de marine, dont la légende voudrait qu’il ait été nageur de combat lors du coulage du Rainbow Warrior. La classe. Comme le changement, c'est maintenant, il y aura sans doute des évolutions de surface. Mais fins stratèges en eaux profondes, certains des fameux cadres ont conservé leur carte au PS, histoire de préserver l’avenir tout en appliquant leurs ordres. La technique du sous marin. Qu'on se rassure, Jacques Auxiette, big boss des Pays de la Loire, n'a pas le porte feuille étanche. Il va renflouer l'épave.

Bruno Frage

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