La lettre à Lulu
Lulu 57 - juillet 2007

Estuaire 2007. La croisière s'emmerde


Canard crevé, maison coulée, œuvres riquiqui, noyées par les dimensions de l'estuaire, installations décrétées «non consensuelles» par les organisateurs… Décidément, la biennale d'art «monumental », «démesuré», hésite entre raté et ratatiné.


C'est Balaise. L'art placébo, c'est plat mais c'est beau

Libérez les artistes, lâchement pris en otages dans une affaire politico-économico-touristique.

La biennale Estuaire 2007, c'est ni de l'art contemporain ni du cochon qui s'en dédit. C'est d'abord une commande politique, transcrite sous une forme apparemment culturelle, en fait destinée à servir l'économie. Politique, culture, économie. C'est résolument moderne. On pourrait appeler ça la stratégie des six B: bipolarité bafouillante, beaux-arts et bazar, buzz et bizness. La demande politique, c'est de donner du sens à la métropole Nantes Saint-Nazaire. Il faut en faire un espace approprié par ses habitants, lui forger une identité. Tant pis si l'entité est disparate : deux centres urbains éloignés, aux extrémités, et au milieu un no man's land de prairies inondables, de roseaux, de vase, de vaches et de vagues villages. Et pour donner de la visibilité à cet espace naturel et urbain, la commande est passée à des artistes. Jean Blaise, fournisseur exclusif des festivités officielles s'en charge. Mais l'objectif n'est pas culturel. Ce n'est ni l'art pour l'art, ni même le divertissement. L'enjeu majeur, est bien économique, touristique en fait, associé aux autres créations de l'année : le château relooké et l'éléphant à embarquement immédiat. Accessoirement, on prendra aussi les retombées médiatiques et d'image d'«Estuaire». Une manifestation qui relève trop de l'événementiel pour que le terme de biennale ne fasse pas un brin prétentieux, revendiquant sa référence élitiste, façon biennale d'art contemporain de Lyon, ou de Venise. La part de symbolique servira toujours la renommée à usage externe.

Si on s'attache à regarder l'aspect économique, la formule d'Estuaire doit forcer l'admiration des gens de droite. Sous l'égide d'autorités de gauche, Estuaire réalise un modèle parfaitement libéral, encouragé par le gouvernement depuis quelques années: que l'art se désengage des aides publiques en leur substituant les parts de budget collectées auprès de fondations et de société privées. Et que l'art au sens large s'assume comme un vecteur actif du développement économique. Comme au Puy-du-Fou ou à Euro Disney. Sauf qu'avec Estuaire 2007, on a peut-être Picsou mais pas Donald.


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