La lettre à Lulu
Lulu 49 été 2005

Et toque ! La cage de l’ascenseur


Hôtels et restos se disent tous dotés d’un ascenseur social bien huilé. Sans vinaigrette ?


Et hop, on remet le couvert. Une campagne relance l’idée qu’on manque de bras dans certains métiers comme l’hôtellerie et la restauration, où les offres ne trouvent pas preneurs. Serveurs, femmes de chambre, cuistots… Pourtant, ça a l’air attractif comme turbin, à en croire la présidente du groupement des employeurs du secteur en Loire-Inférieure. « Nous sommes encore l’un des rares secteurs où l’ascenseur social fonctionne bien», dit Claudine Esnault*. Pour lifter l’image de l’ascenseur social, il faudrait un liftier. Marmitons, garçons d’étage, filles de salle, le pays des salaires au lance-pierres, du temps partiel imposé et des horaires à la schlague ne les font pas vraiment rêver. Les PME de l’hôtellerie et la restauration sont abonnées aux journées à quatorze heures payées huit. Le treizième mois, faut même pas y penser. Les salaires sont un poil au-dessus mais souvent en dessous du SMIC. Les patrons s’assoient souvent sur les droits sociaux élémentaires, régulièrement escamotés. Le secteur n’applique pas la directive européenne sur le travail de nuit qui le limite à huit heures. Dans les hôtels de notre belle France, on fait couramment des vacations de 19 h à 8 h le lendemain matin, le tout payé huit heures, et six jours d’affilée. Les conseils des prud’hommes voient passer un paquet de dossiers de contentieux, où s’exprime tout l’autoritarisme des petits patrons de restos et d’hôtel. Dans ces professions, au mieux paternalistes, la répression contre toute activité syndicale est des plus sauvages. La CGT commerce parle d’une branche «en dehors du droit commun ». Le taux d’emplois à temps partiel, qui était de 16 % en France en 2002, accusait alors son 42 % bien tassé chez les employés non qualifiés dans l’hôtellerie et la restauration. Un tiers des 800 000 salariés des cafés, hôtels et restos est à temps partiel. Le turnover est ici bien plus important qu’ailleurs. On comprend qu’on ne se bouscule pas aux portillons des hôtels et aux portes battantes des cuisines. Bienvenue dans l’ascenseur social. Euh, c’est pour monter ou pour descendre ?

* Servir l’entreprise, n° 30, avril 2005, bulletin des CCI de Nantes et St-Nazaire.

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