La lettre à Lulu
N°98-99 - décembre 2017

Eurofins sniffe de l’embrouille

Charity biotechnobizness


Le million, le million ! Peanuts, peanuts, répond l’écho.


Eurofins sniffe de l’embrouille
Jadis, la chose s’appelait « indulgence ». Ou comment sauver son âme devant Dieu et retrouver l’odeur de sainteté par l’aumône bien sentie. Eurofins (29 000 salariés) donne un exemple de ces multinationales tentant de présenter via leur stratégie de communication un visage humaniste et compatissant au néolibéralisme, leur alpha et omega. En 1987, on enterrait Dalida, on inaugurait le Futuroscope, et Eurofins se lançait à Nantes, profitant du brevet SNIF-NMR, à l’origine pour détecter la qualité du pinard, déposé par un couple de chercheurs au CNRS et accessoirement parents du PDG milliardaire actuel. Merci papa maman mais surtout merci les financements publics de la recherche. Pour son trentième anniversaire, le leader mondial de la bioanalyse allaité aux aides publiques annonce fièrement le versement d’un million d’euros à une quarantaine d’ONG. Émouvant comme un vieux missel torturé par les remords du pseudo-repenti. Critères de sélection des ONG : action internationale, alimentation saine, protection des écosystèmes, santé, défense des communautés locales et entrepreneuriat social. Alléluia ! Cette manne représente à peine une demi-miette du festin pantagruélique dont se gavent les dirigeants, soit 0,00033 % du chiffre d’affaires attendu en 2017. Pauvres gens : après vingt ans de cotation à la Bourse de Paris, la mise initiale des actionnaires a été multipliée par 250(1). Et puis, Eurofins s’y connaît pour faire mousser les bénéfices et les dividendes. Champion international de la traque de la fraude, alimentaire entre autres, il a transféré fin 2012 son siège social au Luxembourg, le paradis de l’évasion fiscale préféré des proches du président jupitérien Macron(2).

De la Cité des Ducs au Grand-Duché

À l’époque, la décision de luxembourgeoisement avait été même critiquée par deux acteurs peu suspects d’ultra-gauchisme, Proxinvest, cabinet de conseil aux investisseurs, et l’Association française de gestion financière, l’un des lobbys du secteur financier français. Du coup, on peut faire confiance à la cour et l’arrière-cour des bouliers d’Eurofins pour bonifier au mieux le don. Sous le régime de la fiscalité franchouillarde plutôt bienveillante, le geste bénéficierait selon les textes d’une réduction d’impôt de 60 %. Alors, allez savoir de l’autre côté de la Chiers, charmante rivière qui sert de frontière avec ces voisins nordistes encore beaucoup plus compréhensifs. Preuve des liens déjà étroits tissés avec les autochtones : Patrizia Luchetta a été admise durant l’été dernier dans le cercle des têtes pensantes du groupe « en qualité d’administrateur indépendant ». C’est évidemment en toute indépendance que ladite dame, consultante de son état mais que les accidents de la vie ont conduite auparavant à différents postes au sein du ministère de l’Économie du Grand-Duché, jusqu’à devenir directrice du département des biotechnologies, pourra prodiguer son expertise et user de son carnet d’adresses. Malgré (ou à cause de ?) ses résultats en or massif, la politique sociale d’Eurofins renifle pourtant le saumâtre. Son truc, c’est de racheter à tour de bras les labos. Depuis le début 2017, elle a avalé une quarantaine de sociétés un peu partout dans le monde, dont l’américaine EAG Laboratories pour un montant annoncé de 780 millions de dollars et LGC Forensics, expert britannique de la médecine légale. Et pas de sentiment pour sabrer dans les effectifs et mettre leur rentabilité « au standard » requis par les fonds vautours(3). Les employés d’IPL, une filiale de l’Institut Pasteur reprise en 2011, en gardent un souvenir amer. Humiliation suprême, il soufflait comme un vent de contestation en juin dernier sur le berceau nantais : les salariés, eux-mêmes surpris par leur propre audace, se sont réunis — pas question de se mettre en grève ou de débrayer — sur le temps du déjeuner pour réclamer un meilleur partage des profits. Ces fainéants ont vilipendé une charge de travail croissante, râlé contre une productivité galopante, rouscaillé contre des salaires immobiles, rechigné face à une organisation interne complexe qui diviserait pour mieux régner, non mais qu’est-ce qu’ils vont pas inventer.

Eurofins arrive à ses fins

Tout sauf boulimique, la goinfrerie d’acquisitions d’Eurofins calcule froidement l’extinction progressive de ses rivaux, en particulier celle des labos publics départementaux dont l’industriel veut la peau. Aprolab, l’association qui regroupe les principaux opérateurs privés, dénonce régulièrement leur « concurrence déloyale ». Par le plus grand des hasards, Aprolab est présidée par François Vigneau, par ailleurs l’un des grands pontes d’Eurofins. Pourtant, dans le domaine de l’analyse de l’eau par exemple, le France est bel et bien en passe de se transformer en un vaste marché monopolistique au profit principalement d’Eurofins et, un peu, du Lyonnais Carso. Au point de voir le président de la Loire-Inférieure, Philippe Grosvalet, taper du poing sur la table en 2013, dénonçant le dumping tarifaire exercé par ces deux mastodontes pour étouffer le secteur public. SNIF.

(1) Investir.lesechos.fr, 23 juin 2017.
(2) Médiapart, 24 mars 2017.
(3) « Nantes humiliée par un renifleur de picrate », « Le luxe en bourgeois », « Le sale boulot lillois », Lulu n° 76, mai 2012.

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