La lettre à Lulu
Lulu 94-95 - décembre 2016

Ex-préfet, omission impossible

Glands de ce monde


Lettre à un ancien préfet de chez nous soupçonné d'omission fiscale.


Monsieur Daubigny, nos pensées vous accompagnent dans l'épreuve que vous traversez. Submergés par l'émotion, nous ne trouvons pas les mots pour vous réconforter. Lulu vous soutient pourtant de toutes ses farces, ainsi que vos avocats fiscalistes terrassés par le désarroi. Nous lisons que vous auriez légèrement dépossédé le fisc depuis des années. Mais ce ne put être le cas à Nantes où vous fûtes en fonction sous la casquette à glands de juillet 2009 à mai 2012.

Vous avez dû succomber aux relents putrides de l'air corrompu de la capitale où vous fûtes aspiré, dans le sillage de l'ancien bourgmestre Ayrault Jean-Marc, promu Premier minitriste*. On vous bombarda dircab de Valls à l'intérieur, puis préfet de Paname. Chez nous, où l'air est loyal et probe, vous respiriez l'intégrité, droit dans vos barbotes. En garde à vue (non mais quelle horreur), vous auriez avoué à la tatillonne police avoir été «dépassé»**, incapable de gérer vos petites affaires personnelles, oubliant de déclarer vos revenus, de régler taxe d’habitation et taxe foncière. Qui n'a jamais oublié de payer la baguette de la veille à la boulangerie jette la première miette. Quant à votre épouse, sainte femme aussi tristement accusée et gardée à vue, elle a dit ne point s’occuper de ces basses contingences matérielles. Comme Thomas Thévenoud, démissionnaire du gouvernement en 2014 pour de menus démêlés fiscaux, vous êtes victimes d'un mal terrible que la Sécu refuse encore de reconnaître, la «phobie administrative». Votre couple a besoin de soins, pas d'opprobre ni d'accablement.

Monsieur Daubigny, il se peut que l'on vous fasse payer vos états de service antédiluviens quand, chef de cabinet du préfet de police de Paris en 1986, vous réclamâtes les clés du frigo contenant les derniers prélèvements des poumons de Robert Boulin, dont l'analyse risquait d'être ordonnée par le juge d'instruction travaillant sur l'option homicide de la mort du ministre gaulliste. Mais ces remontées d'outre-tombe seraient mesquines. C'était jadis.

Pour les délicatesses fiscales, les enquêteurs ne sont pas remontés au-delà de 2011**. Avant ? Impossible, il y a prescription. Pourtant, ces vérificateurs sourcilleux de l'office anticorruption de la police judiciaire de Nanterre flairent fortement un oubli fiscal récurrent «inscrit dans la durée»**. Cette déplaisante ère de la suspicion, de la part de fonctionnaires moins bien payés que vous et donc jaloux de vos émoluments, doit cesser. De telles allégations sont proprement odieuses. À La Lettre à Lulu, nous les portons au plus haut niveau de la détestation. L'honneur des Pays de la Loire est à ce prix.
 
La cellulule psychologique de La Lettre à Lulu

*  ou un titre ressemblant, on ne sait plus.
**  Le Monde, 19 novembre 2016.

Lu 355 fois