La lettre à Lulu
Lulu 48 mai 2005

Expulse.com. Un bienfaiteur de l’immobilier



Sur le trottoir, les squatters ont déposé un présentoir qui propose des vêtements à emporter. Gratuitement. Immobiliériste purement désintéressé, Jean-Pierre Ichoua ne comprend pas ce genre de marketing. Sa culture, c’est la fringue de luxe rue Crébillon. Sa famille détient trois magasins de vetements chics rue Crébillon. Il y a six mois, ce radiologue a acheté l’immeuble qui abritait l’ancienne boîte de nuit Le Floride. Bien placé, dans le secteur de l’Ile de Nantes, le nouveau Manhattan. Installé depuis fin octobre 2004, un gang de squatteuses et de squatteurs a voulu aider Jean-Pierre à faire une belle opération financière. Leur idée : immobiliser son bien immobilier, lui permettant de spéculer entre le prix d’achat et des barèmes immobiliers dopés par 15 % de croissance par an. En occupant les lieux six mois, ces anarchistes du logement ont fait gagner un bon 7 % à son immeuble. Et pas un merci. Au lieu de ça, on a pu voir ce propriétaire trépigner sur le trottoir. Les squatters ne veulent pas partir avant l’injonction judiciaire du 24 mars. «Au moins, ceux d’avant, les Tchétchènes, avaient de l’éducation», lâche le proprio, fumasse. Ces sans papiers ont détalé dès qu’il s’est pointé.


Ce jour-là, il est venu avec son architecte, son agent immobilier, et quatre fonctionnaires municipaux de salubrité publique, conviés à voir si l’immeuble ne va pas s’écrouler. Les agents de la ville n’ont pas été d’un grand secours. Ils ont bien diagnostiqué un éventuel «péril imminent» en la demeure, mais pas avant un mois, un mois et demi. Pas de quoi accélérer l’expulsion des pénibles locataires gratuits. Le proprio grogne. D’autant qu’on lui intime l’ordre de sécuriser au plus vite les corniches en tuffeau de la façade qui menacent de dégringoler sur l’occiput des passants. Pas du tout son affaire.

A force de fréquenter le milieu de la sape haut de gamme, Jean-Pierre est devenu un peu baratineur. Il prétend qu’il ne veut que loger les membres de sa famille, dont l’un est gravement malade. Sortez vos mouchoirs. Il dit ne rien savoir des enjeux immobiliers du secteur, et pleurniche qu’il va perdre de l’argent avec cet investissement. «La première année», précise-t-il tout bas. Ce radiologue faussement naïf est en fait dirigeant de onze sociétés, principalement dans l’immobilier. Si vous avez des bons de réduction dans les supermarchés, mettez-les lui de côté.

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