La lettre à Lulu
Lulu 54 novembre 2006

Expulsions : l'agent ne fait pas le bonheur



Nul n'est préfet. Je vous en prie, prenez donc un piège

Expulsions : l'agent ne fait pas le bonheur
Battements de zèle à la préfecture. Une fonctionnaire du bureau des étrangers manie le chaud et froid, dissuade, menace. Vive la France

Il y a des bureaux dont on ressort euphorique, ou détruit. Une fonctionnaire du bureau des étrangers de la préfecture de Nantes pratique le zèle avec zèle. Le collectif Enfants étrangers citoyens solidaires, les marraines et parrains d'enfants sans papiers qui accompagnent les familles pour leurs démarches en ont fait plusieurs fois l'expérience.
Fin août, cette spécialiste des abus de petit-pouvoir reçoit une famille d'origine angolaise, déboutée de toutes ses demandes, venue récupérer un justificatif. Méfiant, le collectif s'est préalablement assuré par téléphone que la fonctionnaire n'entreprendrait rien contre cette famille, ne transformant pas le rendez-vous en interpellation. La famille en est pourtant ressortie terrorisée. «Elle n'a pas mâché ses mots, presque insultante, disant qu'elle ne veut plus la voir en préfecture, qu'elle avait promis qu'il n'y aurait pas d'arrestation aujourd'hui mais que à l'avenir cela ne serait pas comme ça», relate la marraine des enfants sans papiers qui l'a accompagnée dans le bureau. Un couple de Comoriens a aussi pu mesurer la gentillesse de la même prépozélée : quand le mari présente son acte de naissance, la fonctionnaire, à qui on ne la fait pas, prétend sèchement que ce n'est pas l'original. Et pourtant si.

Prépozélée récidiviste


Autre exemple avec une famille africaine convoquée dans ce même bureau. On s'est préparé, bien habillé, on a appris ses leçons. L'agente de l'État se montre extrêmement chaleureuse, félicite les enfants pour leurs bons résultats scolaires, leur pose «pour la forme» quelques questions obligatoires, par exemple quel est le rôle du conseil général... Question qui, au passage, collerait pas mal de bons petits Français et des grands. Tout va très bien : le dossier de la famille ne pose pas de problème. Pour recevoir l'avis, garanti favorable, il faut juste donner l'adresse personnelle actuelle de la famille. Jusque-là, par précaution, elle utilisait une boîte aux lettres amie. Dans ce climat de confiance, de gentillesse et devant l'assurance donnée, la maman remplit les documents. La dame de la préfecture salue chaleureusement tout le monde, embrasse les enfants et leur souhaite la «bienvenue en France». L'émotion est à son comble, la famille et sa marraine en tremblent de joie. Pour fêter ça, on déjeune au restaurant ! Deux jours plus tard, l'arrêté d'expulsion arrive à l'adresse naïvement indiquée... La maman, abasourdie, veut aller revoir la gentille dame. Il s'agit certainement d'une erreur. Ses amis l'en dissuadent, de crainte d'une arrestation immédiate. Contactée, la gentille fée de la préfecture s'est transformée en employée distante, froide : «Je n'y peux rien, la décision relève du préfet».
Le sous-secrétariat aux comparaisons historiques hasardeuses nous signale qu'il serait très mal venu de faire un parallèle avec les fonctionnaires de Vichy, une ville qui ne mérite d'ailleurs pas cet opprobre.
Amédée Lassion

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