La lettre à Lulu
Lulu 54 novembre 2006

Expulsions : l'agent ne fait pas le bonheur



L'accueil la cueille. Expulsion sur ordonnance

Expulsions : l'agent ne fait pas le bonheur
Selon les huiles de l'hosto, les blouses blanches doivent obéir aux tuniques bleues. Pour jeter les patients noirs hors des frontières.

Sans-papiers ? Elle tenait pourtant une ordonnance médicale à la main. Ce qui n'a pas empêché Nicole Masese d'être cueillie à la porte des urgences par la PAF, la police de l'air et des frontières qui la pistait mais n'avait pas envie de poireauter le temps des soins. La police a donc été avertie à temps par un agent de l'hosto. Paraît que la police leur met la pression. L'indic est apparemment couvert par le directeur de garde aux urgences, selon la CFDT. Au collectif Enfants étrangers citoyens solidaires qui a rencontré cette jeune congolaise quelques jours plus tôt, on l'a sentie «visiblement traquée, serrée de près par la PAF, assignée à résidence avec contrôle téléphonique quotidien depuis au moins deux semaines. Elle a dû signer un document éntérinant l'expulsion, mais quel choix avait-elle réellement ? Elle ne cessait de répéter qu'elle ne voulait pas retomber dans le réseau de prostitution qu'elle avait fui en s'échappant des Pays-Bas.»
Le 20 octobre, un peu après minuit, Nicole Masese a donc été arrêtée à la porte des urgences et collée quelques heures plus tard dans un avion avec son fils Arnold, 6 ans, jusqu'ici scolarisé dans une école de Saint-Sébastien. Elle peut remercier l'agent hospitalier qui a prévenu la PAF. Grâce à ce brave français, la jeune Congolaise s'est fait offrir un voyage en avion vers Amsterdam, puisqu'elle a effectivement fait sa première demande de droit d'asile en Hollande. Mais depuis, elle s'était réfugiée en France pour échapper au trottoir. La préfecture, la direction de l'hôpital et la CFDT prétendent qu'il ne s'agit aucunement de délation. La preuve : cette patiente était «consentante». En fait, la PAF vérifiait tous les jours qu'elle ne quittait pas l'hôtel où elle était assignée à résidence, et l'avait avertie de cette expulsion imminente. C'est d'ailleurs ce qui la stressait au point de rien manger, et de finir à l'hosto après avoir vomi tout vert et craché tout rouge du sang. Dans ces conditions d'épuisement physique et moral, le prétendu «consentement» ressemble bien à une résignation paniquée. Depuis, la maman d'Arnold galère avec son petit à Maastricht. Sans issue.
Côté hosto, fallait-il prévenir la police qui n'a pas envie de patienter le temps des examens et des soins ? Le personnel hospitalier n'a aucune directive à ce sujet, aucune obligation légale ni administrative, mais le directeur général adjoint de l'hôpital fait savoir que, «s'il y a un ordre de la police, on doit obéir». Si la CFDT ne trouve rien à redire, les autres syndicats, les Verts et un paquet de citoyens outrés ont fortement protesté. Au plan national, après un cas similaire à Marseille, l'association des médecins urgentistes présidée par Patrick Pelloux s'est dite «scandalisée par la tournure que prennent les dénonciations de malades sans papiers dans les hôpitaux et leurs arrestations». Faut pas se lamenter : l'hosto n'est pas équipé de wagons plombés. D'ailleurs, le plomb, c'est mauvais pour la santé.
Docteur Justice

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