La lettre à Lulu
Lulu 81 - juillet 2013

Extrême droit. Nul n’est censé ignorer la foi


Ces profs de droit nantais sont des obsédés sexuels, genre position à la papa. Étude de textes.


Le 14 mai dernier, la fac de droit a pétillé du débat « Mariage pour tous : les juristes doivent-ils se taire ? ». Vif succès : une trentaine de curieux dans un amphi sonnant creux, où le verbiage semblait se gargariser de lui-même sans voler très haut. Gilles Dumont, prof de droit public, ancien doyen, affirme que l’expression des juristes dans le débat ne relève pas de l’instrumentalisation du droit. Mais dans ce débat sur le sexe des langes, de quel instrument parlent-ils ?

En mars, les juristes nantais contre le mariage pour tous sortent du placard, se greffant à un appel national de 170 juristes, tendance moraliste et droits dans leurs bottes… Étrange pétition corpo où ceux qui signent arguent (en se signant, on suppose) de leur conception de la parenté sans contraception, et du rapport filial. 25 de ces individus émargent à l’université d’Assas (Paris II), traditionnel creuset de l’extrême droite du 3e cycle. Les Nantais de la liste, Thibaut de Berranger, Michel de Villiers (directeur de thèse du précédent), André Lucas et Gilles Dumont, accusent la loi d’établir un « marché des enfants », et affirment « i[qu’il est criminel de [...] priver volontairement]i » d’un papa et d’une maman. Criminel ? Cour d’assises pour tout le monde !

Extrêmolos

Quand ils ne cosignent pas cette libelle, ces messieurs émargent sur quelques sites légèrement connotés. Le texte « Mariage, adoption et dualité des sexes » signé par Michel de Villiers est mis en avant par le site cosetteetgavroche.fr, organe lyonnais d’extrême droite prétendant incarner les droits des ptits n’enfants, avec cette subtile accroche : « Mariage pour tous ? Nos droits avant vos désirs ! » Combattant « l’idéologie du genre », ce grand galopin de Michel soutient sans rire que « la relation entre deux personnes du même sexe » est « antisexuelle », et conclut naturellement sa prose en citant le néo-retraité Benoît XVI. Amen.

Mollo les rouges !

Quand il ne fait pas la leçon sur la famille, Gilles Dumont est aussi un fervent anti-gréviste : doyen durant le mouvement étudiant contre la LRU, il a continuellement protesté contre le blocage de sa fac de droit. Et n’a jamais supporté la présence syndicale, donnant une si « mauvaise image de l’université » notamment lors des portes ouvertes. En 2009, il porte plainte pour « vol de matériel » contre un militant actif du mouvement étudiant, qui avait eu l’impudence d’être inscrit dans son fief. Prétendu vol démenti dès le début par le personnel en charge de l’amphi, mais qui amènera quand même à une convoc au commissariat pour l’étudiant concerné.

Dumont écrit. Son texte « L’idéologie de la "diversité" » est paru sur le site de la revue Catholica, et repris intégralement sur lescrutateur.com, « tribune d’expression de citoyens français »(1). Ce brave Gilles y associe le besoin de lien social avec celui d’une identité nationale, et établit que le « multiculturalisme est, dans sa conception même, parfaitement compatible avec le libéralisme. Plus encore, il est en adéquation avec sa version tardive, c’est-à-dire la guerre économique poussée à son paroxysme ». Fustigeant la discrimination qui serait faite à la foi chrétienne par une « laïcité de combat », il dénonce « l’idéologie de la diversité » de la République, et la peur que les religions et cultures minoritaires « bénéficient d’une puissance équivalente » au christianisme dominant. En 2008, il est honoré par le site de Polemia, think tank d’extrême droite qui vante un livre qu’il a co-dirigé l’année précédente, « La culture du refus de l’ennemi : modérantisme et religion au seuil du XXIe siècle », critiquant notamment les cathos modérés dans la société républicaine(2).
Ces universitaires ont dû être bernés par cette OPA d’extrême-droite sur leurs propos innocents produits dans le strict cadre de leurs recherches. Si ça se trouve, on ne leur a pas réglé leur extrêmes droits d’auteurs. Vite, une pétition...

Mathieu Torchesac

(1) Espace internet animé par le béké Édouard Boulogne, relativisant l’esclavage et appelant à la répression des mouvements sociaux guadeloupéens.
(2) Gilles Dumont a également participé à un ouvrage La guerre civile perpétuelle ; aux origines modernes de la dissociété, présenté par l’éditeur comme une explication sur « les ravages politiques de la philosophie de la modernité », qui détruirait un mystérieux « lien social naturel ». Le bouquin est relayé par le site au doux nom explicite islam-contre-occident.com, par ailleurs soutien actif du site fdesouche.com (François Desouche).

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