La lettre à Lulu
Lulu 64 - avril 2009

Foutues en l’art. Fiasco in utero



L'œuvre d'art défie le temps, sauf quand elle n'a pas le temps. Une faillite peut tout fiche en l'air. Gérard Voisin, sculpteur dans les petits papiers de la mairie socialiste, réalise en 1989 un « arbre de la liberté », sculptant un tronc d'orme et ses deux branches, creusant le centre pour dégager un genre d'utérus en bois, placé devant l'école des Garennes, butte Sainte-Anne. «La sculpture a disparu il y a sept ou huit ans, confie Gérard Voisin. Une boîte de Paris était chargée de suivre l'évolution du bois en posant des pastilles dedans, mais elle a fait faillite. On a eu peur que l'arbre tombe sur un enfant». L'arbre était atteint d'une maladie du bois, la graphiose. Les enfants, eux, vont bien. Le bois devait être recyclé pour donner naissance à d'autres sculptures, avait dit l'artiste en 2002. En fait, rien du tout. Le grand Y sexuel a été remisé dans un square peu fréquenté en contrebas. Depuis, le lierre l'envahit, assurant une disparition progressive qui ne manque pas de gueule. Le végétal s'empare à nouveau de ce qu'elle a laissé. L'arbre sec redevient feuillu, parasité. «Je m'en fous. Il va pourrir», dit Gérard Voisin. Le machin n'aura donc été en place que dix ans.

En compensation, la ville lui a commandé un bronze, placé à côté dans un bout de parc à côté du musée Jules Verne. Pourvu qu'il ne tombe pas sur les arpions d'un enfant.

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