La lettre à Lulu
Lulu 94-95 - décembre 2016

Gare-toi d’là !

Hache élémentaire


Parking payant : le pa-pa attaque aux pieds des HLM.


Les parkings des logements sociaux à la va comme j’te gare, c’est fini. Faut ce qu’il faut, mais faut de l’ordre et le petit peuple zinguera. Nantes Habitat entreprend donc d’attribuer nominativement une place de stationnement aux locataires mais seulement à ceux qui payeront pour. Pour les autres, la barrière ne s’ouvrira plus. Les télécommandes remises lors des états des lieux en début de bail seront désactivées. Les places non attribuées seront proposées à des riverains bankables. Un petit bizness voit le jour. La fronde atteint Le Clos-Toreau et le quartier des Olivettes, les ensembles Le Carrousel, Rieux et Crucy, et la cité Pitre-Chevalier. Les Dervallières aussi où des familles d’handicapés doivent désormais payer pour stationner. 

​Racket de bas étage

Le tarif de la place en plein air est de 8 € par mois hors charges, et de 15 € en sous sol. Une deuxième place de parking : ce sera 40 € ! Sauf que l’impact sur la taxe d’habitation n’est pas calculé. Interpellés sur un bout de bitume au bas de l’ensemble Le Carrousel, des cadres de Nantes Habitat ont ouvert des yeux tout ronds. Il n’y avaient pas pensé. Et l’APL, Aide personnalisée au logement, ne couvre pas une dépense de parking. Mis devant le fait accompli, les locataires l’ont mauvaise. Bizarrement, il n’est prévu aucun avenant à leur bail, qui intègre bien une ligne « stationnement » mais vide de tout renseignement ou tarif lors de la signature du bail. « Il y a aussi une ligne "terrasse" sans rien en face non plus. On va me la faire payer, alors ? » demande une habitante de l’ensemble Carrousel. Ce passage du gratuit au payant ? Un vide juridique, selon les juristes consultés par les locataires en pétard. Pour ces bénéficiaires de logement social qui garaient gratuitement leur voiture au pied de chez eux depuis parfois plus de vingt ans, ça passe pour du racket. Mais bon, sous prétexte que ça ne peut pas payer l’ISF, faut toujours que ça râle. Depuis une loi de 1998, le bail du parking est disjoint de celui du logement, les locataires pouvant choisir. Mais à Nantes Habitat, les baux signés jusqu’ici ne disaient rien des parkings, même si un bip a été attribué aux locataires pour faire ouvrir les barrières depuis leur voiture. 

​Trop plein d’arguments

D’un ensemble à un autre, les arguments varient pour imposer le stationnement payant. Aux Dervallières, les parkings souterrains ne trouvent pas preneur. Au Clos-Toreau, ce serait pour éviter le déversement du trop plein des parkings-relais, bondés au bout de la ligne du busway. Dans le quartier des Olivettes, il faudrait « permettre de sécuriser davantage cet espace », mais les locataires ne pigent pas l’argument : qu’ils payent ou pas, quel serait le plus, question sécurité ? Ailleurs, l’extension du domaine des parcmètres aurait fait squatter les places gratos au pied des HLM. Le stationnement payant génère plus de stationnement payant, en somme. En taxant les gens aux revenus les plus modestes... Reste plus qu’à stationner sa Peugeot déglinguée au sixième étage dans le couloir.
Jérôme Jaquinne

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