La lettre à Lulu
Lulu 100

Guerre de tranchées

Droit aux buttes


Une stratégie bien tranchée, pour pousser les Roms au nomadisme forcé.


Au printemps 2017, plusieurs dizaines de familles roms trouvent refuge derrière le cimetière du Vieux-Doulon. Les tas de terre « anti-caravanes » récemment dressés ont cédé. Cette ancienne parcelle maraîchère à l’abandon, sur laquelle gisent les ruines d’un temps presque passé, devient grand campement caravanesque. Ce qui fait aussitôt grincer les crocs de quelques gaulois voisins : mais ils sont fous ces roms hein ! Toujours à l’écoute de ses braves citoyens, la Ville de Nantes fait vite expulser les pas-d’chez-nous. Les dizaines de tziganes doivent donc trouver pour la énième fois un nouveau terrain. Jusqu’ici, rien de plus banal, tant ces expulsions répétées sont devenus courantes.

Pour un tas de raisons

Juste après le grand départ forcé, les pelleteuses déboulent. Les tas de terre ne suffisent plus à dissuader les indésirables, d’énormes tranchées sont creusées, et de gigantesques buttes de terre pointent sur toute la parcelle. Niveau dissuasion, ça fait mur. Les pluies remplissent vite d’eau ces nouveaux canaux. Un genre de mix entre Venise de l’Ouest et zone humide à protéger. Dans les bureaux de la métropole, ces gros tas font tousser. On dit même qu’un fossé se serait creusé entre différents services...


Archéolorien

Chargés, comme avant tout projet urbain, de creuser sur les cinquante premiers centimètres — des fois que nos ancêtres aient laissé quelques vestiges —, les archéologues ne sont pas contents contents qu’on leur ait pourri le chantier. Fin mars, huit mois après, des pelleteuses ont rebouché, ratiboisé. Ambiance pots cassés.

Ces grandes buttes laissent aussi les aménageurs du projet des Gohards quelque peu perplexes. Le terrain est dédié à une ferme urbaine de 1,3 ha « vitrine du terroir nantais » (sic). Même si les meilleurs accompagnateurs de projets agricoles ont été recrutés du côté de la Confédération paysanne, ça va être coton d’imaginer un semblant de culture à la suite de ce champ de bataille. La culture avec un fossé ne semblant pas encore au goût du jour, l’idée a été vite oubliée. Reste la permaculture : la culture sur butte, la voilà l’idée qui éviterait tout enracinement des Roms.

Djanren Gohardt


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