La lettre à Lulu
Lulu 96 - avril 2017

Hyper bloqué par les grenouilles

Gondolier


L’expansionnisme de Leclerc rétamé en justice. Pour une fois, c’est pas le jeu de l’hyper gagne.


Au bord de la Brière, à Sainte-Anne-sur-Brivet, l’enseigne Leclerc engrange consciencieusement des profits pour plaider aujourd’hui que son bâtiment est obsolète, tellement pourrave qu’il mettrait en danger « la sécurité des clients et leur confort d’achat », selon son avocat au tribunal administratif. Parce que Leclerc l’a un peu joué bulldozer et s’est retrouvé traîné en justice. Sa demande d’autorisation de création d’un nouvel hyper a buté deux fois sur des refus officiels de la Commission nationale d’aménagement commercial pour « consommation excessive de foncier, développement du mitage de l’espace naturel et aménagement non harmonieux du territoire de l’agglomération ». Mais aussi zone humide, espèces protégées. Impossible. Pour passer en force en saucissonnant les dossiers afin d'échapper à la loi pour la protection des zones humides, Leclerc implante donc une station essence et un drive, avec une simple déclaration de chantier, sans passer par cette pénible commission. L’environnement, on s’en tape. « Mis devant le fait accompli, le préfet de Loire-Atlantique régularise de façon bien complaisante ces travaux en donnant acte de la déclaration tardive des travaux sur les zones humides et en accordant à la société une dérogation à la protection des espèces », explique l’association Bretagne Vivante qui a porté l’affaire devant les juges avec France nature environnement. Leclerc s’est fait rétamer, condamné le 10 février 2017 pour des travaux illégaux par le tribunal d’instance de Saint-Naz. L’avocate de l’hyper a eu beau ironiser sur « quatre ou cinq espèces de grenouilles et quelques autres »*, le tribunal administratif de Nantes a annulé le 23 février la dérogation a posteriori du préfet. 

Sur son site perso, le big boss Michel-Edouard tartine sur « sa sensibilité naturelle à la protection de l’environnement », l’un des « engagements qui lui tiennent à cœur », spécialement « dans une région marquée par les marées noires ». La proclamation du baratineur de tête de gondole n’est pas arrivée jusqu’en Brière. Les rainettes vertes, grenouilles agiles et tritons palmés ne savent pas lire.

* L’Écho de la Presqu’île, 3 février 2017

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