La lettre à Lulu
N° 77 - juillet 2012

Indiana Jaune. Tout ce qui brille



Un joaillier nantais vante l’aventure des mines de pierres malgaches. Bijoux, cailloux, à genoux, pouh !
C’est plus qu’un fils à papa. Son arrière-grand-père et son papy, étaient, comme son père, bijoutiers. Et, miracle de la génétique et du commerce, le fiston travaille chez son paternel. Le 8 juin, au CCO, l’aventurier nantais Raphaël Griffon a présenté aux rombières éblouies son documentaire Précieuses couleurs. Une incroyable aventure humaine au coeur d’une mine de saphirs, tourné dans un de ces eldorados modernes, le village d’Ilakaka à Madagascar, où a été découvert en 1998 un filon, forcément « fabuleux », de pierres précieuses.
« Passionné par les gemmes et les hommes qui les accompagnent », Raphaël Griffon a présenté son émerveillement et son film, fruit de quinze jours avec les mineurs malgaches d’Ilakaka.

Tout ça, c’est côté vitrine.
C’est bien beau de présenter ça comme une aventure, comme les clichés sur les chercheurs d’or du Gold Rush américain, mais... Très artisanales, reposant sur un travail de force, à la pelle, les méthodes d’extraction sont dangereuses. Les conditions sanitaires ? Désastreuses. Pas d’assainissement, pas d’enlèvement des ordures, eau polluée. Le sida parmi les prostituées que ces communautés d’hommes ont généré. Paisibles paysans quelque temps avant, ces mineurs s’équipent de machettes, d’armes de poing, et sont parfois plus lourdement armés*. Les nuits sont arpentées par des bandits qu’on appelait jadis « voleurs de zébus ». Armés de kalachnikovs, ce sont
parfois d’anciens militaires et gendarmes délaissés par la crise sociale et politique de janvier 2009, quand le maire de la capitale a affronté le président de la République, sur fond de corruption, de hausses des prix et de répression.
Pour les ONG qui interviennent à Madagascar, outre les dégâts environnementaux, les conséquences sociales de l’exploitation minière sont tragiques, de la perte de bras dans l’agriculture au banditisme, en passant par les vols, assassinats et autres joyaux du vivre-ensemble. Mais bon, en Occident, les beaux bijoux sont au-dessus de ça. La culture d’un peuple, ses valeurs, tout est foutu en l’air. Le lien avec des réseaux criminels organisés et la corruption d’hommes politiques est aussi avérée**. Mais ne dites pas ça aux bourgeoises qui rêvent de saphir pour parader dans les dîners en ville.

Madagascar, l’île continent, un bouquin écrit par Patrick Blanche désigne tout net Ilakaka comme un « un no man’s land où la drogue, l’alcoolisme, la prostitution et la violence sont monnaie courante ». Pour acheter une pierre précieuse, penser à régler en monnaie courante.

Jo Allié

* Artisanal Sapphire Mining in Madagascar : Environnemental and Social Impacts. Laura Tilghman, Merril Baker & Sally Dickinson DeLeon, 2007.
** Criminalisation and the politics of governance: illicit gem sapphire mining in Madagascar, Dr. Rosaleen Duffy, Centre for International Politics, Manchester University

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