La lettre à Lulu
Lulu 97 - juillet 2017

Je tuerie nous vous ils

Coups vaches


Comment tuer ? Un débat vachement discret sur les abattoirs, avec nos députés locaux d’alors, contre tout.


Pour le guide de survie à l’usage des meuh meuh en abattoir, c’est mort. Et faut pas compter sur les députés du coin. En novembre dernier, l’association de défense animale L214 rend publiques des vidéos filmées par un ouvrier des abattoirs de Limoges. Dans la « boyauderie » (c’est là qu’on vide les panses des bestiaux qu’on vient d’occire), il ouvre à grands coups de coutelas le ventre de vaches gestantes et en extrait des veaux, parfois complètement formés, avec poils et pattes, parfois toujours vivants alors que leur mère a été estourbie quelques minutes avant. Les images sont assez gore. Après une commission parlementaire sur les conditions de passage de vie à trépas des animaux de boucherie en abattoirs, place, le 12 janvier 2017, au débat parlementaire. On examine une loi sur le « respect de l’animal en abattoir ».

Plancher des vaches

Mais les amendements déposés pour interdire de tuer des vaches gestantes au moins les trois derniers mois de leur grossesse (oui oui, normalement on dit « gestation ») sont rejetés. La loi sera tellement vidée de son sens que le rapporteur de la commission sur le sujet, Olivier Falorni, votera contre. Élu député PS en 2012, réélu macroniste, ancien paysan bio à Mouais, Loire-Inférieure, retraité après une vie d’éleveur de vaches à lait et de porcs à saucisses, membre de la Confédération paysanne, et de la « commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucheries dans les abattoirs français », Yves Daniel ne dit pas grand-chose ce jour-là. Juste deux répliques. Un peu de philo finassière d’abord : « Ne constatons-nous pas une dérive dans les relations entre humains et animaux ? L’animal est un être sensible, mais pas un être sentimental ; or la relation que nous entretenons avec lui relève plus du sentiment que de la sensibilité. » Après ce conseil sur le danger de l’amour vache, un point de vue d’expert, genre CAP de matador : « Quant au problème de l’abattage des femelles gestantes, j’appelle votre attention sur le fait que cette pratique fait partie des conduites d’élevage, car la présence d’un certain nombre de femelles pleines apaise le troupeau, facteur qu’il convient de ne pas négliger. » C’est vrai que c’est moins cher qu’un prof de yoga dans les camions qui mènent les bestiaux à l’abattoir.

Marche ou crève

Il dit aussi son opposition à la vidéo-surveillance dans les abattoirs (« À défaut, il faudrait installer de tels dispositifs dans les crèches et les haltes-garderies ! Il y a là un risque de dérive »), et refuse également le droit de visite inopinée des députés dans ces abattoirs. Même position pour Karine Daniel, elle aussi PS (une homonyme, pas de la même famille). Elle est alors encore députée, et s’affirme ce 12 janvier contre tout. Droit de visite une fois l’an d’un comité local de suivi : contre. Comité national d’éthique intégrant la souffrance animale : contre, et encore plus opposée à ce que des salariés des abattoirs y siègent. L’interdiction de tuer les vaches enceintes : toujours contre. Que le bétail stocké en bout de chaîne d’abattoir et qui n’a pas été trucidé dans un délai de douze heures soit nourri et abreuvé : encore contre. Moralité : qu’ils crèvent, ces bestiaux. Elle n’est favorable qu’à un amendement, celui sur la présence de vétérinaires quand on abat des volailles. Un genre de philosophie maison poulaga.
Lisbeth Aille

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