La lettre à Lulu
N°98-99 - décembre 2017

Johanna Rolland bouffe sa feuille de match

Renards des surfaces


Du sens du dense pour intensifier ses dividendes.


Johanna Rolland bouffe sa feuille de match
Avec le Yellopark, Johanna Rolland bouffe son chapeau de  l'« exigence de transparence et de sincérité » revendiquée en campagne des municipales en 2014. Lulu a beau relire son programme électoral, aucune trace d'un nouveau stade de foot. Mais c'est une aubaine, le projet béton de La Beaujoire bis du promoteur Yoann Joubert, le boss de Réalités, et Waldemar Kita, le proprio du FCN vierge de toute évasion fiscale, ne coûtera officiellement rien au contribuable. Un stade forcément repeint moins en jaune qu'en vert, façon Vinci à ND-des-Landes, haute qualité environnementale, pelouse poussée à l'énergie solaire, tribunes aérées par l'éolien triomphant.

Pour la première fois, Nantes confie au privé la construction d’un morceau entier de ville. Jusqu’ici, la collectivité bordait étroitement un tel chantier en « maîtrise d’ouvrage publique » dans le cadre d’une Zac, Zone d’aménagement concerté. Les bénefs escomptés n’y ont rien à voir avec ceux de la boîte cotée en bourse d’un ancien analyste financier et par un homme d’affaires offshorisé. La bourgmestre copie des villes d’inspiration très libérale, comme la juppéiste Bordeaux. Et pas question de référendum local, JR, c’est elle la cheffe.

Il est mort le soleil

Avec le surgissement champignon de l’urbanisme vertical, les actuels habitants du quartier vont devoir faire le plein de vitamine D. Grâce à une révision sur-mesure du PLU, Plan local d'urbanisme, les comparses Kita-Joubert pourront construire jusqu’à 50 m de haut, quand l’actuel stade culmine à 37 m. Soit des immeubles de 17  étages comme le Colisée à Rome, justement le nom primitif de Yellopark, la société commune montée par Kita et Joubert. Le passe-passe réglementaire leur permettra de s’assurer de juteux bénéfices immobiliers en casant 2 000 logements (plus probables que les 1 500 annoncés en fourchette basse), 50 000 m2 d'« espaces tertiaires », une école, 10 000 m2 de commerces en plus d'un « complexe sport santé bien-être » de 24 000 m2. Le tout sur une parcelle de 22,4 hectares où s'implanteront aussi le stade, sur un hectare environ, un parking silo, la voirie, etc. De quoi goudronner sévère l’aimable « cité jardin » qu’est supposé incarner Yellopark, concept plumeux vendu par Dominique Perrault coopté emballeur urbanistique en chef. 

Un pour tous, stade pourri

Une rénovation tribune par tribune comme ça s'est fait à Saint-Étienne ? Trop compliqué, trop cher, jure Kita, la tête aux Antilles, la bourse en Belgique. Et franchement, trop ringard. Une ville aussi prolo que Saint-Etienne, franchement, ça fait va pas faire rêver le cadre sup cœur de cible de Nantes, qui préfère se comparer à Nice, Bordeaux ou Lille, la classe au-dessus quand même. Pour faire passer ce projet surprise, l'argument prétend que le stade livré en 1984 est trop pourri pour être retapé aux normes de l’UEFA, voire agrandi. Au fil des mois, la facture des travaux estimés indispensables a gonflé, gonflé au point d’atteindre, ô miracle, le coût d’un joujou neuf, soit 200 patates, pile le jour de l’annonce officielle du marché gagnant-gagnant, qui consiste à ce que les deux parties y gagnent. Justement, ils sont deux sur ce coup-là, et bien partis.  
José-Harry Branlebas  

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