La lettre à Lulu
Lulu 49 été 2005

L’ADN à la chaîne, invention nantaise


Leader sur le marché du flicage, le laboratoire nantais IGNA a sorti les analyses ADN du stade manuel. Le tri des chromosomes louches passe à l’industrie.


L’Institut génétique Nantes Atlantique (IGNA) a été lancé en juin 2003 avec un plan marketing simple, sur le marché en plein boum des analyses d’ADN : développer une offre privée, en concurrence ouverte avec les labos publics, débordés par les prélèvements chargés d’alimenter le FNAEG, le fichier national automatisé des empreintes génétiques*. Les prisons ont été les premières à pourvoir, de force, ce fichier. «Avec le fichage ADN, on tire un trait sur la réinsertion des détenus», dit pourtant Evelyne Sire-Marin du Syndicat de la magistrature, dénonçant une société de stigmatisation. Pas le problème du PDG du labo nantais. Sa méthode : faire baisser les coûts et pratiquer les prix les plus bas du marché, en industrialisant le process d’analyse de ces empreintes génétiques. Il faut donc robotiser, informatiser, semi automatiser le traitement, pour effectuer les tests pour la police et la gendarmerie. Les affaires judiciaires, les recherches en paternité, tout est bon à prendre pour le conquérant Jean-Paul Moisan, ancien chef du service de génétique du CHU de Nantes, et membre actif de l’Institut de Locarn. Promu biznessman de l’ADN en embarquant toutes les têtes de son service, il est très fier d’avoir été «le premier service de CHU français à collaborer avec la police judiciaire et les magistrats, en 1988»**. Il n’a donc pas collaboré avec les labos des bandits, voyous, apaches et malandrins. Un type bien, le prof.

* Au départ destiné à prévenir les récidives en matière de violences sexuelles, le Fnaeg a été progressivement étendu aux «actes de barbarie et de terrorisme» puis, depuis mars 2003 et la Loi sur la sécurité intérieure de Sarkozy, à «la quasi-totalité des crimes et délits d’atteinte aux personnes et aux biens». Le moindre condamné pour simple vol ou dégradation, mais aussi le banal suspect peuvent y passer. Après la destruction de champs d’OGM en Maine-et-Loire en septembre 2000, une recherche ADN avait été lancée à partir de gouttes de sang retrouvées sur le champ.

** Le Point n°1605, 20 juin 2003.

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