La lettre à Lulu
Lulu 104

L'abbé tire-au-cupide

Mes biens chers


Accusé de cupidité, l'abbé d'extrême-droite sort blanchi de son bain en extrême-droit.


Non, l’abbé Guépin n’a pas estampé 345 000 € et un appart à une infirmière à la retraite de sa microparoisse d’extrême-droiture. L’ex-fidèle l’a traîné au tribunal, digérant mal que son héritage finisse dans l’escarcelle de l’abbé. « Je n’avais pas de rôle proactif », a plaidé le cureton au tribunal, niant tout abus de faiblesse de brebis, contrairement au procureur vendu au Démon invoquant « sujétion psychologique » et « environnement insistant et enfermant ». La bigote pensait s’acheter ad vitam aeternam une protection de la communauté Saint-Pie V, jusqu’à éponger ses arriérés d’impôts. L’abbé sermonnait qu’« on peut être riche sans se laisser surprendre pas les richesses » tout en réclamant des dons à la « banque du bon dieu », dont il était le gérant de fait. Relaxé par la justice, il échappe à dix-huit mois de taule avec sursis, et on lui rend le SUV Peugeot 3008 diesel confisqué. Entre temps, un autre fidèle lui avait offert une grosse tuture équivalente.

Du rififi chez les ultratradis

Aujourd’hui gérant de trois SCI détenant autant de chapelles de la communauté, Philippe Guépin a été fait curé dissident intégriste par Mgr Lefebvre en 1977. Chauffeur du big boss et prieur, il se fait vite virer quand Marcel Lefebvre rentre dans le rang de l’église officielle. Guépin explique en septembre 2013 à l’hebdo d’extrême-droite Rivarol qu’il refuse de citer le nom du pape en prêchi prêchant. Banni, il débarque à Nantes en 1980, loue pendant trente ans un hangar à bois muté en chapelle, achetée en 2012, au décès de la proprio. Il y prêche l’entre-soi du don : « Ne donnez pas pour la faim dans le monde et ces organismes internationaux, souvent maçonniques... » car « le bon dieu ne nous demande pas de donner à notre lointain mais à notre prochain. » Un sermon de mai 2018 demande à Jeanne d’Arc de « bouter hors de France cette invasion islamique, cette invasion barbaresque que nous subissons aujourd’hui ». Une vidéo de 2013 le montre honnir la fausse charité, asséner qu’il faut « écarter des étrangers importuns qui ne cessent de nous solliciter, qui ont une propension au mensonge époustouflante et qui ont tous les avantages sociaux, des aides, des subventions » alors que lui, l’abbé, vivant aux crochets de sa paroisse, « ne touche rien de la République, des services sociaux ni de l’évêché ». En septembre 2016, la police l’arrête pour 30 bouteilles de gaz qu’il stocke chez lui, juré craché, « pour donner aux pauvres ».

Guéguerre des papapes

Surnommé le « petit pape » de Nantes, le curé ultra rigide dénonce à tout bout de cantique les « loups rapaces » qui propagent la « lèpre du modernisme ravageur qui corrompt la foi et entraîne à l’apostasie » dans son monde parano de haines recuites où « les démons se déguisent en anges de lumière ». S’il traîne avec le vestige de l’OAS Roger Holeindre, Guépin célèbre tous les ans Pétain à l’Île d’Yeu et Louis XVI au pied de la colonne nantaise du Raccourci, dénonce le complot juif de 1789, fustige l’avortement, l’œcuménisme. Il excommunie une ouaille, Louis-Hubert Rémy, fondateur de l’association Les Amis du Christ Roy de France, auteur de bouquins sur Jeanne d’Arc et d'un autre qui « aborde le problème encore mal connu de la sodomie dans l’"église conciliaire" » (les méchants papistes, ennemis de ces ultradissidents). Interdit de chapelle aussi, l’abbé Jean-Luc Lafitte, traité de « gourou » et de « séducteur » par Guépin. Un forum de fidèles évoque une affaire de mœurs et de « comportement déplacé envers une dame », fleurant l’adultère. Dans ce marigot ultrabigot, l’exclusion est vue comme un « déchirement des petits chefs qui se comportent en "petits papes" ». Quand on récuse le pontife officiel, ça la fout mal.

On s’exclut en se balançant à la gueule des citations latines, des extraits d’Ézéchiel ou de sainte Gertrude, mystique doloriste du XIIIe. Ces échanges de gentillesses dénoncent des « messes entachées d’hérésie », prédisent que le bon dieu vomira les impurs, « les fouilleurs de poubelles, les épandeurs de fumier ». Internet livre des pages et des pages de litanies d’insultes et règlements de comptes plus amers qu’amènes. Amen.
Anna Chorette

 

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