La lettre à Lulu
Lulu 74-75 - nov.-déc. 2011

L’aéroport de l’angoisse


L’aéroport actuel est bien, c’est même le meilleur. Mais il ne marche pas. Sinon on n’en changerait pas. Il n’est donc pas international, ou si peu, si mal. Demain, ça sera vachement mieux. Oui mais en attendant...


L’aéroport de l’angoisse
Avis de recherche. Les gabelous ont disparu en 2011 du tarmac nantais dans la plus grande discrétion. Plus de douane permanente. Pas du meilleur effet, il est vrai, pour les ambitions de Notre-Dame-des-Landes censé devenir dans l’imaginaire de nos bétonneurs "l’aéroport international du Grand Ouest". Les douaniers ne montrent plus le bout de leur uniforme que «dans le cadre de vacations programmées», c’est-à-dire pour des vols dits sensibles en provenance par exemple (et au hasard) du Maroc, du Sénégal ou d’Amsterdam. Avis aux trafiquants qui n’ont rien à déclarer : prière de respecter le planning, s’il vous plaît ! C’est digne de la ligne Maginot. Surtout que l’histoire ne s’arrête pas là. Faute de douaniers, il a été envisagé que les usagers remplissant les formalités de détaxe déposent leurs documents dans une boîte aux lettres ! Une solution bout de ficelle recalée par la hiérarchie centrale, le dispositif ne permettant pas «de contrôler la sortie définitive du bien du territoire de l’Union européenne, ni de vérifier l’identité de la personne mentionnée sur le bordereau». Du coup, les voyageurs doivent attendre le retour au pays pour obtenir auprès de l’ambassade française le remboursement de la TVA des produits acquis dans notre beau pays. Un service facturé 18 euros, coût du timbre fiscal exigé par le ministère des Affaires étrangères, sans compter les frais de port en recommandé des documents à renvoyer en France. Un sale coup pour «Nantes just imagin », la fameuse « signature du territoire de la métropole de Nantes-Saint-Nazaire à l’international »...

Cocoribas. Vinci et la chambre de commerce adorent pousser des cocoricos sur les scores du trafic passager. Nantes Atlantique aligne donc chaque année son score cumulé de billets. Pourtant en 2010, l’aéroport ne pointait qu’à la neuvième place tricolore, loin derrière Bordeaux classé huitième. Et 2011 devrait le voir reculer au dixième rang, dépassé sur sa gauche et sa droite par Beauvais-Tillé. Mais il faut faire confiance aux « faire-savoir » de Vinci, qui n’omettront sûrement pas de le préciser. Pendant ce temps, la plate-forme fantôme de Vatry, à 150 km à l’est de Paris, financée par les fonds publics, attend toujours le futur trop-plein d’avions censé encombrer demain le ciel hexagonal. Juré craché, parole de bétonneurs.

Nuestra-Dama-de-Landas ?
Non programmé lors du dernier festival du film espagnol à Nantes (pas encore tourné), ce futur mauvais film a encore le temps de réfléchir à son pitch en jetant un coup d’œil sur l’autre côté des Pyrénées. Nos voisins ibériques ne savent plus quoi faire de leurs aéroports fantômes. Huesca, Lérida, Cordoue, Castellon, Ciudad Real... On se ronge les ongles en attendant le quidam. Là-bas, on évoque une bulle immobilière qui a servi de paravent pour justifier leur création. Heureusement, ce n’est pas en Loire-Inférieure que ça arriverait.

Avions qui reculent. Le trafic se mesure par le nombre d’appareils ou le nombre de passagers. Tout à leur aise lorsqu’il s’agit d’évoquer le score des clients, Vinci et la CCI qui gèrent Nantes Atlantique oublient chaque année les mouvements d’aéronefs. Un bilan délavé propre à satisfaire le droitiste Jacques Auxiette, adepte invétéré de karcheriser les opposants. Ce blanchiment de stats n’est pas anodin à l’heure où les compagnies remplissent à ras bord leurs carlingues, une grande spécialité d’ailleurs des low cost et des charters. Entre 2000 et 2010 donc, les stats officielles (source : www.aeroport.fr) font état de «mouvements commerciaux» passés de 42 961 à 39 833 (- 7,3 %) et de « non commerciaux » de 29 195 à 16 028 (- 45 %). Soit un trafic total en recul de 22,5 % sur onze ans à Nantes (alors que Lyon recule de 7 %, et Bordeaux baisse de 10 %). De quoi ravir Ayrault, si soucieux depuis quelque temps de la sécurité et de la tranquillité de ses administrés.

Au vol ! On a piqué trois millions de pékins à Nantes Atlantique en 2000, et le double en 2010 ! Ça a été écrit noir sur blanc par les ingénieurs de l’Aviation civile... Le document date de 1974 et cette belle administration promet alors aux pontifes locaux cinq millions de passagers en 2000 et neuf millions en 2010. à partir de maintenant, on fera chaque fois l’appel au pied de la passerelle.

Bougon superstar. Impossible de faire mieux que l’aéroport nantais, qui vient d’être élu «meilleur européen» par l’ERA, l’European Regions Airlines qui représente plus de 200 entreprises européennes du transport aérien. Le trophée a été remis à Rome le 29 septembre aux pontes de Vinci, la multinationale manageant désormais notre Château-Bougon airport. Mais si cet aéroport est si performant, pourquoi le remplacer par celui de Notre-Dame-des-Landes ? Une fois devenu le meilleur, on ne peut que retomber. C’est comme ça que l’empire romain est devenu un souvenir.

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