La lettre à Lulu
Lulu 102-103

L’algorithme dans la peau

Un, zéro


La digitalouique ? Ouille. à Nantes, le numérique a encore frappé. En plein jour.


En septembre, la digitalouique nantaise a causé « stratégie Make AND Buy en IA ». IA, le symbole postal de l’Iowa ? Meuh nooon. Intelligence artificielle, béotien. Make and by ? Une déclinaison du make or buy, l’externalisation, quoi. Les maires, nantaise et nazairien, l’ont juré : la Digital week, « privilégie l’humain à la technique ». Gorgé d’humain, le topo sur droit et intelligence artificielle évoque un « outil mathématique nouveau de quantification de l’aléa judiciaire ». Foutu au gnouf par un algorithme ? La justice s’y attelle, persuadée de s’en trouver plus objective. Des avocats ont expliqué comment adapter les processus marketing aux règles de « protection des données à caractère personnel ». Classique focalisation sur ce seul enjeu « éthique » de protection de nos vies privées, masquant le contrôle social, politique, culturel, interactif de nos existences. Omniprésent, le sujet du machine learning, cette exploitation automatisée, algorithmée, des comportements des consommateurs transformés en marchandises. Des speechs ont glosé sur le big data à exploiter, « analyse comportementale, segmentation, prédiction, recommandation », données privilégiant ça va de soi l’humain aux basses contingences techniques du profit. L’interprétation automatisée de toute situation va en fait plus loin qu’enregistrer des données note un récent essai*, elle modèle les comportements humains, par un « passage de la surveillance stricto sensu à une administration automatisées des conduites ». Comme dans l’épisode fiction de la glaçante série anglaise Black Mirror, la Chine a déjà un permis individuel à points, gérant bonus et malus automatiques selon les agissements sociaux. Actes répréhensibles dans un bus, facture payée en retard, interdiction de fumer bafouée, ne pas rendre visite à ses parents : tout dégrade la note sociale. Pour remonter son crédit, des genres de TIG volontaires, dons de sang, bonnes actions « civiques » répertoriées, actes d’ouvrier modèle... « Un bon score peut donner droit à un accès prioritaire à l’hôpital, à un logement social, ainsi qu’à certains emplois publics », note Eric Sadin.
à Nantes, une conférence a parlé transhumanisme  pour « imaginer à quoi ressemblera l’humain ultraconnecté de demain », une autre de « l’intelligence artificielle appliquée au travailleur de demain », notamment des plates-formes téléphoniques, via « la numérisation intelligente du processus » liant « enjeux d’usage » et « automatisation de tâches ». Vachement humain et pas du tout technique puisqu’il s’agit de renvoyer les salariés à l’ivresse du temps libre en les remplaçant par des robots.
Steve D. Jobard
* L’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle, Éric Sadin, éd L’Echappée.

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