La lettre à Lulu
Lulu 104

L’amphithéâtre des opérations

À l’abordage


Tous mouillés : la fac, le CHU, les médecins, les infirmiers arrosés par les labos. 


Organisée par deux avocats et un médecin, programmée le 18 janvier 2018 dans un amphi de la fac de médecine de Nantes, la réunion d’information des victimes du médoc du laboratoire Merck a été annulée. Tout comme une réunion similaire, décommandée peu avant par la fac de médecine de Strasbourg.

Le labo allemand Merck, alias MSD en France, croulait alors sous les plaintes* : depuis mars 2017, pas prévenues d'un changement, de nombreuses patientes souffraient des effets secondaires sévères de la nouvelle version du Levothyrox, médoc contre le dérèglement de la thyroïde : perte de cheveux, malaises, transpiration excessive, vertiges, fatigue, irritabilité... Estimation : 15 000 victimes en France, 14 décès. Ouverte en février 2018 pour « tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger de la vie d’autrui », l’enquête judiciaire contre le labo s’élargit un an plus tard au motif d’« homicide involontaire ».

Deux jours donc avant la réunion dans son amphi, le doyen de la fac nantaise a annulé ces discussions gênantes pour le labo allemand, arguant de fumeuses « raisons administratives » et de mystérieux motifs de sécurité (20 minutes, 16/01/2018). La vraie raison est ailleurs.

1,2 patate investie

La fac de médecine bichonne les bonnes relations avec MSD qui finance par exemple son « labo expérimental de simulation de médecine intensive », centre d’entraînement sur mannequins adulte, enfant, femme enceinte. Organisées en février 2017 par la fac et les médecins et chercheurs de l’Imad, l’Institut des maladies de l’appareil digestif du CHU, les journées de l’endoscopie sont sponsorisées entre autres par Merck Biopharma et MSD France (avec Novartis, Pfizer, etc.).

Selon la base de données Transparence santé, de 2015 à 2018, MSD France a versé 442 224 € au CHU et au CRNH, Centre de recherche sur la nutrition humaine créé par le CHU et la fac de médecine. Sans compter la bagatelle de 784 800 € au centre anticancer René-Gauducheau. Tout ça calme l'envie d'accueillir, même un soir, des détracteurs d’un tel bienfaiteur...

 

Mandarins mouillés

En fouillant dans cette base de données pourtant mal boutiquée, on tombe par hasard, broutille, sur les comptes MSD et Merck déclarant 26 747 € de largesses depuis 2014 à Paul Barrière, chef de service à la maternité et prof de gynéco à la fac.

Catégorie menu fretin, MSD a aussi arrosé des associations de médecins domiciliées au CHU, spécialisées en néphrologie (Itertun : 10 000 €), hémato (ADHBN : 1 500 €, Aterhit : 15 100 €), oto-rhino (Nantes ORL : 1 500 €), médicament (Agismed : 5 600 €), maladies infectieuses (Armi : 1 000 €), dermato (ACNRAAC : 1 000 €) et au passage la corpo des étudiants en pharma (1 798 €).

Catégorie sous fretin, le labo Merck-MSD paie la note de menues agapes, à des médecins surtout, couvrant parfois la logistique piaule d’hôtel-gueuleton-diligence pour assister à un congrès, mais aussi, pas chiche, des p'tites bouffes à des kinés, infirmières et étudiants. Les autres labos, pareil. Novartis figure parmi les plus généreux, avec AstraZeneca, Roche, Bayer et Sanofi. Un terrain de chasse très disputé. Passez muscade et passez la monnaie.
Eddy Mercato

* Parallèlement à l’enquête pénale, instruite par le pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Marseille, une action au civil a été intentée. Suite au changement de formule du Levothyrox, Merck a été assigné pour « défaut d’information » par 4 113 malades de la thyroïde. Déboutés par  le tribunal d’instance de Lyon (Le Quotidien du Médecin, 05/03), les plaignants ont fait appel.

 

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