La lettre à Lulu
Lulu 102-103

L’autosatisfaction caoutchouc

Good vibrations


La démarche en crabe de l’arrière train de bagnole.


La presse locale et nationale célèbre la « croissance » d’un équipementier automobile, Vibracoustic, ex-Trelleborg, basé à Carquefou, œuvrant dans les pièces en caoutchouc synthétique anti-vibrant, un matériau hyper sympa : à « la matrice élastomère », la potion ajoute des ingrédients ragoûtants, noir de carbone, oxyde de zinc, soufre,  thiurames ou encore dithiocarbamates conduisant du paradis de la bagnole à l’enfer du crabe. Les expositions professionnelles liées aux activités de l’industrie du caoutchouc ont été classées cancérogènes pour l’homme (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer en 2012. Bref, joie et bonheur quand même : commandes en plus, heures sup’, travail en 3x8, embauches... Et rab d’investissement dans des presses d’injection plastique, notamment pour fabriquer une articulation de train arrière du nouveau I-Pace de Jaguar, un joujou vendu 78 380 € premier prix. Cette grosse berline, pardon SUV, 100 % électrique, donc nucléaire à 80 % en France, charbonnée à 50 % en Allemagne, est dotée d’une batterie lithium-ion de 90 kWh, prédiction d’une catastrophe environnementale : outre que l’extraction de ce matériau rare pose un gros problème d’éco-toxicité et différents autres petits désagréments liés aux émissions de CO2, seul 1 % du lithium mondial contenu dans les batteries est récupéré(energieetenvironnement.com, 08/07), recyclage très gourmand en énergie et ressources. Mais bon, au diable les détails fâcheux, le marché génère du chiffre d’affaires à l’usine de Carquefou, de l’emploi, des courbes ascendantes qui riment avec Nantes, cette ex « capitale verte » engorgée par la bagnole, les bouchons devenant quasiment un enjeu électoral. Mais on va pas chipoter. Ici, on ne fabrique pas de frein.

Lu 22 fois