La lettre à Lulu
Lulu 52 avril 2006

L'enfance de l'archive. Quelles conneries, la guerre !


Oublis et lourdes ambiguïtés pour commenter la guerre à la nantaise. Les marmots auront rectifié d'eux-mêmes


L'enfance de l'archive. Quelles conneries, la guerre !
Vive la patrie ! Dans une brochure* publiée par les archives municipales de Nantes pour les écoliers de CM1 et CM 2 et préfacée par Jean-Marc Ayrault, les légendes des documents font parfois dans le légendaire copieux. À propos de 1940, on lit que «la courageuse armée française est balayée en quelques semaines». Personne n'avait vraiment remarqué que le courage ait été la qualité première de cette débâcle militaire éclair. Mais une armée, quand c'est la sienne, ne doit vibrer que de courage. En face, les soudards ennemis ne sont forcément que des trouillards et des vilains méchants pas beaux. Concernant Pétain, ce mémo pour môme commente : «Comment le chef si proche de ses Poilus en 1916 peut-il se fourvoyer à ce point ?» On suppose qu'il aurait dû se fourvoyer un peu moins pour rester acceptable aux yeux de l'histoire. Question de dosage. En 1944, ouf, «Le Mal est définitivement vaincu». L'axe du Bien et son armée de majuscules a frappé. Gaétan Rondeau, fidèle pétainiste, se trouve blanchi d'une phrase : «Pour clore, rappelons que Gaétan Rondeau démissionna de son poste de maire en 1942 et qu'il fut promu au grade d'Officier de la Légion d'Honneur par le général de Gaulle en 1958». C'est tout. Passé aux oubliettes, le rôle de ce Rondeau vichyste qui, au jugé, a pourtant dénoncé à la Kommandantur les étrangers de Nantes, Italiens et Espagnols, comme fauteurs de troubles après l'exécution du colonel Hotz**. La collaboration racontée aux enfants se contente d'un laconique et ambigu : «La position de la municipalité n'est pas des plus faciles. Il faut prendre garde à ne pas indisposer l'Occupant, mais l'appel à la délation pourrait aussi être interprété comme une attitude de collaboration». Voilà un conditionnel qui résonne curieusement… Pour illustrer les bombardements alliés de 1943, un article du Phare ainsi commenté : «La mort paraît encore plus injuste quand elle vient des libérateurs. Le journaliste ne se prive pas de le rappeler», sans signaler aux jeunes lecteurs d'aujourd'hui que ce journaliste émarge dans une presse collabo contrôlée par les Allemands.
Une seule évocation d'un résitant : Marin Poirier. Mais l'ensemble de la résistance communiste à Nantes est passé sous silence, tout comme est escamoté son rôle dans l'exécution du colonel Hotz. Pour les mômes du cours moyen, la guerre se sert en version primaire. La précision est secondaire. Mais bon, on va pas en faire une histoire.


* « Nantes 39-45, une ville dans la guerre », édition Ville de Nantes, octobre 2005
** « La collaboration en Loire Inférieure, tome 1,
les années noires », de Christophe Belser, Geste éditions, page 343.

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