La lettre à Lulu
n°41 - juin 2003

L'étagère à Lulu



Patelin mais presque
Y’a là le Vieux Casquette, Josette Dussouille, Félix, le docteur Cheminée, la fille à Bouvier qui vit à la ville avec une autre fille, et les clients du Bistrot du Bar, des fidèles. C’est la France d’à côté. Pas d’en bas, juste d’à côté. Pouvez y aller, c’est juste à côté. Paraîtrait que quand le bistrot est fermé, les gars auraient moins soif. D’après. Tout le patelin est comme ça, avec ses farces et ses histoires ordinaires. À ce qu’on dit. Un village sans prétention, semé de mauvaises réputations et de petits bonhommes de chemin. Qu’on raconte. Ces personnages-là sont pétris de défauts et d’humanité, de poésie aussi. Des braves gens parfois vachardants, toujours émotionnants. Certains parlent aux mouches mortes. D’autres parlent pas du tout. Des gens vrais, que jamais on ne pourra prendre la rancœur sur la main. Des gens simples, mais pas simples d’esprit. Des gens qui ont l’esprit entier, la répartie au ras du comptoir, la grisaille en couleur, et parfois la colère en gris sourire. On boit du Fernet Branca. On chante pas Carmen mais on pourrait. Ecrit et dit en scène par Michel Boutet, ce petit peuple si attachant, hilarant et un tantinet libertaire-à-terre, est aussi un livre avec, pour les paresseux, un disque dedans pour écouter le spectacle sans bouger de son livigroube.
Barbouillot d’pain sec, de Michel Boutet ; Editions de l’aviateur, domiciliées chez l’auteur, Chez Casquette, à Argelès-les-Cerises (Hautes Pyrénées)

L’ernestyle épistolaire
Improbable vieille dame indigne, ménagère de moins de cent ans, jardinière de légumes, mais surtout de patates, Ernestine Chassebœuf a des lettres. Suffisamment pour en faire un livre, recueil de ses bafouilles de quand elle est pas contente, adressées aux fabricants de gâteaux secs, aux manufacteurs de fromage et d’émission radiophoniques, aux curés de réclame qui vantent des remèdes qu’ils vendent sur les journaux. Elle croit parfois reconnaître des copines d’enfance sur les photos des mémés qui témoignent des bienfaits du produit. Ernestine nous donne son courrier à relire, et aussi ses poésies, entièrement faites à la main, où elle cause de ses patates. Elle aimerait bien qu’on ait la politesse de lui répondre. En fait, elle a de la répartie même quand on lui répond pas. Faudrait pas pousser mémé dans les sorties.

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