La lettre à Lulu
n°33 - été

L’étagère à Lulu



L’étagère à Lulu
<B>Ghislaine</B>, je dois vous faire une confidence, notre relation a failli tourner court. Un titre à épouvanter le lecteur le mieux intentionné (Banlieuserie, ou fenêtre sur Saint-Herblain), une couverture digne du pire rapport de stage socio-cul, et un thème à faire pleurer : la vie intime d’une employée de la sécu neurasthénique. Avouez que l’entrée en matière n’est pas très engageante. Et puis, mine de rien, l’histoire de cette petite bonne femme de rien du tout, maman d’un garçon de quatorze ans, aussi teigneuse au boulot qu’elle est nunuche à la maison, dépasse peu à peu le simple catalogue d’états d’âme et parvient à flirter avec des moments d’authentique émotion. À recommander aux mecs qui ne comprennent pas pourquoi leur chérie se met tout à coup à se bourrer de pâtisseries.

Autre femme, autre univers, <B>Geneviève Lebouteux</B>, statisticienne dans la vraie vie, tente de nous faire partager la tempête qui souffle sous le crâne d’un moine au XVIIème siècle dans «Lumière d’homme». Tempête naturellement justifiée par le souvenir d’un amour malheureux. La sobriété du style, qui répond à la sobriété du décor, ne sauve pas complètement ce roman un peu sec, passablement édité, qui ne manque pas pour autant de profondeur.

Puisque l’on parle de profondeur, impossible de faire l’impasse sur la plus singulière création de l’édition régionale ces derniers temps : <B>«Les passants immobiles»</B>, recueil de textes de Pierre Michon et de photographies de Guillaume Janot, Robert Moreau et Éric Poitevin, réalisés dans le cadre d’une résidence en sud Vendée. Pierre Michon, ce sorcier des mots, nous enfonce littéralement dans les marais côtiers de la fin du premier millénaire, et nous noie dans ce paysage improbable où le diable est le seul à pouvoir mettre pied «car tout le reste, hommes chiens et chevaux, s’y enfonce en un clin d’œil, dans un suaire de gaz puants.» Odyssée qui se déroule en compagnie d’une tribu de moines défricheurs et, à l’occasion, fornicateurs.

La fornication, c’est également l’exercice auquel se livre avec une constance méritoire et une touchante légèreté la jeune Pasphion, l’héroïne antique de l’érudit Nantais <B>Meusnier de Querlon</B>, que vient de ressusciter Le Passeur. Meusnier de Querlon, dont le prénom n’était pas Boulevard comme certains l’imaginaient mais Anne-Gabriel, était en effet, outre un brillant intellectuel du XVIIIème, éditeur du Journal d’Italie de Montaigne et de l’Éloge de la folie d’Érasme, un authentique écrivain libertin, comme nous le rappelle opportunément ce joli petit livre, sous-titré «La courtisane de Smyrne». Inutile cependant de se ruer sur l’ouvrage pour y trouver des scènes hard. Le texte est tout en subtile retenue, à l’image de cette remarque de Pasaphion, qui vient de conquérir un nouvel amant : «Je l’invitai à perdre chez moi les moments dont il pourrait être embarrassé.» Juste pour le plaisir.


Banlieuserie, Ghislhaine Mallard, éd. du Petit pavé, 164 p., 105 fr.
Lumière d’homme, Geneviève Lebouteux, éd. de l’Opéra, 90 p., 90 fr.
Les passants immobiles, (collectif), éd. Joca Séria, 144 p., 120 fr.
Psaphion ou la courtisane de Smyrne, Le Passeur, 160 p., 90 fr.

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