La lettre à Lulu
Lulu 69 - juillet 2010

L’ordure n’est pas le père Noël ! La benne à ordures libre et non faussée


Les éboueurs ne ramassent pas les parts de marché. Que fait la police des poubelles?


L’ordure n’est pas le père Noël ! La benne à ordures libre et non faussée
Par tous les temps, ils ramassent la merde que la ville produit inlassablement. Quelque 600 tonnes par jour. Qu’il vente, qu’il pisse comme vache, ils sont là, à courir pour tenir la cadence derrière la benne. Un boulot ingrat mais indispensable, le plus souvent invisible pour la majorité des citoyens, fournisseurs réguliers en déchets ménagers, dans une période où tout est fabriqué pour être jeté au plus vite. Début février, ces éboueurs-là étaient en grève. Une petite semaine, réponse des gars des poubelles à un projet de réorganisation qui veut éclater le dépôt central en trois entités distinctes. Des esprits chagrins y ont vu un bon moyen de diviser pour réduire l’influence syndicale, en ce bastion des prolos de Nantes Métropole, où l’on emploie plutôt des cadres et des cols blancs. Autre crainte, une mise en concurrence des trois unités créées pour faire dégager par les éboueurs eux-mêmes des «marges de productivité» comme disent les guerriers du management libéral désormais embedded dans le service public. Sur un effectif de 170 agents sur le site, 90 % sont opposés à l’éclatement. Et la grève est suivie à 70 %.

A la différence du concept sarkozien selon lequel, de nos jours, les grèves, on ne les voit même pas, une grève de la collecte des ordures ménagères, ça se voit tout de suite, et dès le premier jour. Plein la rue. Et comme l’accumulation de sacs poubelles pose d’emblée plusieurs problèmes, sanitaire, bien sûr mais surtout d’image pour la Ville, le rapport de force ne traîne pas trop. Fausse note pour une ville qui veut sa place dans le concert européen. On a beau être socialiste, la notion de propre s’impose comme une priorité bien avant le social. L’élu au personnel, Bolzer menace de faire donner la troupe pour dégager l’entrepôt des bennes, envoie de toute façon l’huissier dès la deuxième heure de blocage du garage des camions bennes à la Morrhonnière. Question dialogue, c’est du brutal. Finalement on ne traîne pas, ou plutôt si, on traîne le syndicat devant un tribunal, cinq jours après le lancement de cette grève très suivie. Ce qui, dans l’histoire des relations sociales avec les éboueurs, marque un évènement sans précédent : première assignation en justice lors d’un conflit. La justice a suivi, condamnant à une astreinte de 500 euros par heure toute poursuite du blocage du dépôt. Ce qui met fin aussitôt à la grève.

Si le mauvais traitement infligé au service public n’a rien d’un sport local, la version nantaise pourrait tout aussi bien lorgner vers une privatisation progressive du service. Evidemment, les dirigeants de Nantes métropole jurent leurs grands dieux que jamais, ô grand jamais, on ne va privatiser, quelle horreur. Pas très crédible quand on sait que la majorité des maires de la couronne nantaise ont déjà confié leurs tournées de poubelles à des firmes privées comme Veolia qui a le quasi monopole. Ironie du sort, Michèle Gressus, maire de Bouguenais, en charge du dossier ordures à l’agglo, a négocié avec les éboueurs nantais, leur jurant, main sur le coeur que la privatisation, pas question. Tout en signant de l’autre main avec le groupe Suez.

Privé contre privé contre public

Un coup de canif au monopole permet de remettre la pression sur le prestataire: Rezé, Saint-Sébastien et Bouguenais ont changé d’opérateur depuis avril, le marché retiré à Veolia pour le refiler à Sita, du groupe Suez, retenu pour son effort significatif sur la facture. Ce chassé-croisé des opérateurs garde le même personnel. Seuls Nantes, Le Pellerin, La Montagne sont encore en régie directe, administrée par la municipalité sans sous traiter le service public.

Quand la recherche effrénée de rentabilité rencontre le service public, ça donne quoi? : «La collecte une seule fois par semaine va se généraliser, y compris à Nantes, à partir de septembre 2011, dit Pascal Lemerle, délégué CGT Nantes métropole. La mise en concurrence du public par rapport au privé est un mode de gestion. On utilise les formules adoptées par le privé pour faire pression sur le personnel des régies municipales».

Mais la recherche de rentabilité en passant par des opérateurs privés brasse son lot d’absurde: À Rezé, Sita n’a pas prévu de faire l’enlèvement des encombrants. Ce sont donc les éboueurs de Nantes métropole qui s’en chargent.

Proximité un peu mitée

Sous couvert de «proximité du service», c’est à dire d’économie de trajet, de carburant, donc d’écologie et de bonne administration des deniers publics, on va donc déménager le dépôt des bennes en trois sites, centre de gros dans un entrepôt en location vente, et en construisant deux nouveaux bâtiments de toutes pièces, prairie de Mauves, puis dans le bas de Chantenay, vers 2013 ou 2014. Les chauffeurs des bennes ne voient pas comment ce système diminuerait vraiment la longueur de leurs trajets, les lieux de vidages des ordures ordinaires et du tri sélectif de la formule TriSac se multipliant, à l’est et à l’ouest de l’agglomération. Récupérés en même temps, les sacs bleus et jeunes sont séparés prairie de Mauves. Les bleus sont brûlés sur place ou à Couëron, les jaunes retriés manuellement à Couëron, à l’ouest. «Et on les fera où, les pleins de carburant ? Y’aura trois stations ?» ricanent les chauffeurs. Trois stations, donc trois circuits de camions-citernes de carburants différents pour remplir les cuves... Proximité, écologie ? Ce redéploiement des éboueurs se fait en même temps qu’est supprimé le pôle de proximité de Nantes-Métropole pour Bellevue-Le Breil. Tout ça pour passer de dix pôles actuellement à sept pas plus. Comme quoi, dans les meilleurs projets, y’a du déchet.

Jacques Dzeripper

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