La lettre à Lulu
Lulu 67 - décembre 2009

La brosse à relire


Des bouquins, pas tous récents, mais recommandables. Ça veut dire qu'on peut les commander à son libraire et recommencer aussitôt.


Goutte à goutte

La brosse à relire
La fin du pétrole, c'est pour tout de suite ? En tous cas, présent ou futur, ça s'est mal passé, c'est sûr. La fuite en avant n'a pas de coupe-circuit. La construction de cette fiction très crédible donne le vertige. À force de va-et-vient entre hier et demain, à force d'aller-retours entre le désert Saoudien, la frénésie de Manhattan, les duretés du sous-sol autrichien et pas mal d'autres endroits désolés, on devrait être un peu perdu. Finalement pas du tout. La construction de ce thriller environnemental fleuve (762 pages) raboute les sentiments d'imminence de la catastrophe et les lendemains qui déchantent autour de ce pic pétrolier. Avec des naïfs qui croient encore en la réussite à l'américaine. Chacun s'agite sous la menace, lente, inéluctable, brandit une méthode réputée infaillible pour sauver l'humanité, chargée surtout de préserver ce qu'on peut de l'économie et la domination du monde. L'apocalypse molle, trop proche pour relever vraiment de la fiction. Un bouquin à lire jusqu'à la dernière goutte.

En panne sèche, d'Andréas Eschbach, édition L'Atalante.

Serial suicideur

On devrait tuer plus souvent son prochain. Et ne pas s'arrêter là. Après ce prochain, vite, le prochain prochain mérite tout autant qu'on le refroidisse. Il a certainement été contrariant, importun, désobligeant. Le meurtre se mérite, mais demeure une éventualité de la vie, un incident de parcours. Une banalité achevée. D'ailleurs la police n'y voit que du feu, ou plutôt conclut à des suicides à répétition, et la presse suit. Alain-Pierre Daguin joue au serial suicideur, tartine les histoires de ces occis, et l'articulet chien-écrasesque qui lui correspond, dans le plus pur style faits-diversier de diversion. 53 meurtres à la petite semaine, version année bissextile, dans un esprit Alphonseallaisien.

Caïn ne dormant pas, Éd. Le Petit véhicule.

C'est loin, la maire ?

Françoise Verchère a cet aveu savoureux en évoquant les sales moments de son mandat de maire : « S'apercevoir que l'opposition avait raison ». Une leçon d'humilité et d'autodérision, comme quand elle raconte cette scène à la Kusturica, les bras en croix sur le carrelage, dans le gogs de la mairie, surprise par la femme de ménage. No problemo : la première magistrate veut juste décompresser, le jour de la remise de médaille sur son plastron. Elle pose aussi de vraies questions occultées par les médias : que deviennent les petits morceaux de ruban tricolore soigneusement sectionnés à coups de ciseaux lors des très protocolaires inaugurations officielles ? Collectionnite, indexation et archivage pour les générations futures, ou plus sûrement poubelle ? Personne n'y pense. Françoise Verchère, si. Ce qui ne l'empêche pas de peser les autres emmerdements à assumer en exerçant les fonctions de maire et à dégonfler les baudruches de ses collègues. Pas idéal pour créer des vocations mais plutôt drôle.

Dictiomaire, petit traité à l'usage des citoyens curieux, Françoise Verchère, illustration de Frap!. Éditions Siloë.

La ville haute comme trois pommes

« 9 h 36 : le vent pousse les rayons du soleil sur moi ». Plus loin, c'est la « zone de bombardement des crottes de pigeons ». Le « musée du brochet rose et du poisson qui s'appelle Jojo ». Le « magasin bouffe-pognon», la « place du bruit », le « jardin des guêpes ». Le « resto des kilos en trop ». Le commissariat (« je me souviens que c'était près de l'eau »). Le centre, c'est « la zone où il faut de l'argent »; les parcs, des espaces de gratuité. La vraie ville n'existe pas. Les rues, les places, les ponts ? Des impressions. Il y a la ville qu'on s'imagine, qu'on perçoit, et elle vaut toutes les certitudes de cadastre. Invités à décrire leur quartier, les mômes de centres aérés ont produit une double carte. Ceux du coin de la Manu recto. Ceux des Bourderies et Bellevue, verso. Du haut de leurs dix printemps, ils ont bien noté où placer le « magasin du bonheur », le « parc du mouton crotteur », l'adresse des copains, les idées qu'on se fait du quartier d'à-côté.

Géographie subjective : Nantes vue par les enfants. En vente deux euros à l'office du tourisme de Nantes et http://laglaciere/over-blog.com

La ville à faire sauter

« Choisissez le bâtiment que vous feriez sauter ». De l'éloge du rond-point à la quadrature de l'arrondissement, il n'y a qu'un pas. Un pas flâneur d'humeurs, qui saute d'une démarche nonchalante, arpentant des souvenirs, les inventaires, et des recoins ingrats de la ville, s'attardant à des expériences poétiques et urbaines. C'est ça le « détourisme ». Un projet collectif de géographie sentimentale et impressionniste, voire imaginaire, de Nantes à Saint-Naz.

Guide indigène de (dé)tourisme. Éditions À la criée, 8 euros, http://toutalacriee.free.fr

Bigre, le Tigre

Les slogans pour vanter une collectivité territoriale, c'est déjà naze tout seul. Mais quand c'est regroupé en meute, y'a de quoi se poiler. Dans un dossier sur la communication publique, consacré à la « société du slogan », l'édition de mai du Tigre en a dégotté un troupeau : « Ensemble, réinventons la Picardie » ; « Dans le Centre, c'est vous le centre » ; « En Aquitaine, et en avance » ; « Basse Normandie : avec la région, l'avenir a de l'avance »; « Pays de la Loire : l'esprit grand ouvert »; « Franche Comté, une région grande de ses talents ». Son slogan, au Tigre, c'est « Curieux magazine curieux ».

www.le-tigre.net. Nouvelle formule en janvier, quinzomadaire et lalanlaire.i[

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