La lettre à Lulu
Lulu 50 novembre 2005

La dame du dessus, le ramdam du dessous


Les loups gris font de la fumée, je repète, les loups gris


Vivant seule avec sa fille de 13 ans, Fatiha avait quitté un logement insalubre plein d’humidité et d’auréoles pour un appartement sous les combles d’un magasin, dans le quartier du Château de Rezé. 500 euros de loyer pour 60 m2. Première année sans problème. Jusqu’au changement de locataires au rez-de-chaussée. Au chapitre nuisances, barouf nocturne, et fumée infiltrée par le plancher. Tous les soirs jusqu’à 23h. La cause de ce barouf enfumant : une assemblée d’hommes du soir, qui tape le carton, fume, discute et mène prière sans grande discrétion pour leur voisine du dessus. Elle a des maux de tête, des sinusites. L’odeur du tabac s’infiltre, empeste son logement. Les locataires du dessous sont installés là en juin 2004 : c’est une «association idéaliste turque», affiliée au Milliyetçi Hareket Partisi, «parti d’action nationaliste» d’extrême-droite, ultra nationaliste, partisan de la Grande Turquie, lié aux redoutables miliciens que sont les «Loups gris», très virulents contre les Kurdes et les minorités religieuses. Pas des rigolos. Pour obtenir le bail, l’association turque a dit qu’elle y tiendrait réunion d’association sportive. Mais les prières du soir ont peu à voir avec des pronostics du championnat de foot turc. La police a juste conseillé à Fatiha, d’origine algérienne, d’aller boire le thé avec ces «idéalistes» pas très cool. Elle répond que sa place est auprès de sa fille, pas au milieu d’une quarantaine d’hommes. «Madame, c’est une histoire d’isolation. Raccrochez, vous bloquez le 17», lui répond désormais le commissariat de Rezé qui ne prend plus ses plaintes.
Les proprios ne voulant pas faire de travaux se sont contentés d’insuffler eux-mêmes un peu de mousse de polyuréthane dans une fissure qui n’a rien isolé. Pas trop envie de sermonner les locataires du rez-de-chaussée, de peur de les voir déménager et d’avoir du mal à relouer. Interrogés par Lulu, ils refusent de répondre, disant qu’ils en ont «trop fait». Ça ne doit pas être assez puisqu’ils viennent d’être assignés, par voie de justice, à faire des travaux d’isolation, et si les troubles persistent, à expulser les bruyant et fumants locataires. Descendue demander un peu de modération un soir, Fatiha est rouée de coups par une femme de l’assistance, mais se voit accusée de l’avoir boxée et passe neuf heures en garde à vue. Dans une cellule joliment décorée de balafres de sang sur les murs et de vomi au sol. Empreintes, ADN, avant convocation pour violences au tribunal le 28 mars. La femme est un loup gris pour la femme.

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