La lettre à Lulu
Lulu 101

La fin du légume humain

Connecti cut !


Un robot jardinier relié à un smartphone, c’est tentant. Surtout quand ça ne marche pas...


Farmbot a foiré sa première sortie. Le 8 mai, carrière de Miséry, démonstration de robot jardinier et son potager connecté. Le hic, le robot qui est censé semer, arroser, désherber et filmer tout ça en direct ne marche pas. Au-dessus du bac plein de terre, une potence roulante, qui est supposée tout faire, mesurer l’hygrométrie de la terre, intégrer la météo et arroser les salades et les fraises avant la pluie. Le tout sous l’œil d’une caméra qui observe en permanence et en direct la poussée des poireaux et transmet ces images passionnantes au smartphone ou sur l’ordi du pilote à distance du potager qui est à quelques mètres de lui. Génial... Curieux que personne n’y ait pensé avant. Que personne n’ait imaginé que bientôt on ne pourrait simplement pas s’en passer.
 

À partir de données en open source, les étudiants en robotique et mécanique à l’IUT nantais ont refait un proto de robot potager. Un joujou en kit, à 3 800 €  quand même, né aux States en 2013, repris partout où on pense que c’est le remède pour « jardiner sans se fatiguer » et se délester d’une « activité chronophage. Un luxe que beaucoup d’adeptes à la main verte ne peuvent s’offrir, faute de temps libre. Farmbot est la solution » (Ouest-France, 19/07/2016). Bref le robot « rend le potager autonome, sans que la participation d’un humain soit nécessaire », selon l’asso Farmbot Nantes, soutenue par Nantes City Lab et Nantes métropole qui ne doivent pas aimer le bon vieux maraîchage assisté par opérateur humain. Tant pis si le jardinage est par ailleurs vanté pour son rapport à la lenteur, au rythme des saisons, à une certaine compréhension des interactions d’un écosystème. Oubliez que, dans son débat sur la transition énergétique, Nantes métropole a par exemple vanté la permaculture « méthode de conception qui, appliquée à la production alimentaire, participe au développement de communautés humaines autonomes et résilientes, pérennes, proches de l’indépendance alimentaire. Basée sur la connaissance, sur les sciences les plus modernes croisées à des pratiques ancestrales, elle est d’abord pragmatique. La concentration des êtres humains et la distance d’avec la nature fait apparaître des comportements délétères pour les personnes et les communautés. »*
 

Confier ses radis à un robot, dans une start-up-smart city, c’est déjà le top du top. Mais ça manque d’ambition : il est grand temps de confier tout à des robots connectés : amours, ivresses, plaisir de chanter à vélo, grasses matinées, dégustation du crumble de mamie. Libérer enfin du temps indispensable à la mise au point d’ innovations indispensables.

Pierre Deudédeu
* « La transition énergétique, c’est nous. Agriculture urbaine vivrière: quelles solutions en sol pour Nantes métropole ? » mars 2017.  


Lu 119 fois