La lettre à Lulu
N°98-99 - décembre 2017

La maison pétrole chantilly

Baraque au bas mot


Pas très écolo, le proto de casba torché par un robot.


Prrrrscht ! Le jet crache une coulée de chantilly qui gonfle à l'air et poc poc ! durcit comme une meringue. C'est de la « fabrication additive robotisée » et forcément, on applaudit. Un pavillon de 95 m², soit cinq pièces pour 185 000 €, le tout réalisé par une imprimante 3D, c'est le top de l'ébahissement. Cette construction high tech était la vedette de la Digital week en septembre dernier. L'innovation à la nantaise triomphe, la métropole jubile d'avoir  en son sein de tels génies de la recherche en meringue de construction, ingénieurs, universitaires géotrouvetous. L'office HLM Nantes métropole habitat est aussi aux anges. La « triple paroi coffrante/isolante/structurante » ne peut susciter qu'une admiration béate. « L'imprimante 3D robotisée a parcouru six km pour monter les deux murs de mousse isolante entre lesquels le béton a été coulé » s'émerveille Presse-O (07/11). La mousse expansive en question, c'est du polyuréthane, matériau inflammable et vachement écolo : c'est du pur dérivé du pétrole. Quant à l'empreinte carbone du béton, pas de quoi pavoiser non plus. Mais on s'en fout, puisque c'est une première au monde, on vous dit. OK, une maison construite par un robot, ça s'est déjà fait avant, mais celle-là est ha-bi-ta-ble, aux normes, pas un vulgaire prototype ! (les protos protestent). Mieux, la maison robotisée est même vantée comme « durable », l'adjectif fourre-tout laissant entendre que ce serait écolo, à moins qu'il ne faille comprendre qu'elle ne tombe pas en ruine dès son achèvement.

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