La lettre à Lulu
Lulu 67 - décembre 2009

Le Festival des trois continue


Trou dans les comptes, fantômes des Jalladeau, ambiance de plomb entre l'équipe et son nouveau directeur. C'est le festival des trois continuels problèmes ou quoi ?


Le Festival des trois continue
La 31e édition du festival des trois continents a été la première sans les pères fondateurs, les frères Jalladeau. Après les remous liés à leur départ, on aurait pu s’attendre à une édition apaisée. Rien du tout. L’ambiance au sein de l’équipe ? Au bord de l’implosion. En désaccord avec les administrateurs de l’asso-ciation ou les salariés, Philippe Reilhac a plusieurs fois menacé de démissionner, juste avant et pendant le festival. Accueilli comme un sauveur l’an dernier, l’homme de diplomatie — son ancien métier — a fait cette année l’unanimité des salariés contre lui. « Il n'arrive pas à gérer le personnel », euphémise un administrateur de l'association. « Souci relationnel. Pas envie de travailler ensemble et c'est réciproque » ajoute un autre. Au point que l’équipe de permanents a dit regretter l’époque des Jalladeau, au climat pourtant aussi tendu. L'équipe avait porté plainte contre Alain Jalladeau pour harcèlement. Affaire finalement classée.

Incredible but trou

L’arrière plan, c’est une bérézina financière. Un trou officiellement annoncé à 183 000 euros cumulés, de mauvaise gestion glissante, de 30e édition qui a coûté cher. Les Jalladeau y émargent pour un tiers. Philippe avait négocié l’an dernier l’usage de la marque F3C contre 34 000 euros*. Marque qu’il avait officiellement déposée tardivement, pour s’en déclarer père, et pas seulement spirituel. Une version désormais sujette à caution (lire le témoignage de Catherine Ruelle) mais la somme a bel et bien été versée. Après menace de procès aux prud’hommes (qu’il aurait sans doute gagné), fin novembre, son frère Alain a perçu l’indemnité qu’il réclamait. Le litige portait sur les années rémunérées comme travailleur indépendant puis en CDD, à requalifier en CDI. L'Urssaff avait déjà toussé. Ce volet social aura coûté 26 000 euros au festival, frais d'avocat compris.

Revanche des sudistes

Il a fallu faire des économies. Avec neuf permanents, la masse salariale représente plus de la moitié du budget. Si l'effectif devrait passer l'hiver sans menace, un audit de l'ensemble du personnel est prévu. Jamais bon signe. Créé en 2000, le séminaire de formation aux financements Produire au Sud a été passé à la trappe par le plan de rigueur budgétaire. Officiellement « suspendu». Bye bye le sud producteur. Peu spectaculaire (les ateliers ne sont pas ouverts au public, les films, s'ils se font, n'émergent qu'un ou deux ans après, voire plus), l'initiative en amont des créations de films conjugue pourtant une pertinence professionnelle à une dimension politique indéniable. À la séance de clôture, Ayrault cite Produire au Sud en exemple, insistant pour que ce soit rétabli : « Il est tellement important d’aider ce cinéma du Sud, sans condescendance. C’est une question de justice, de solidarité ». Venant du bailleur de fonds majeur, cette demande pressante a été enregistrée par un directeur général un peu gêné, le regard perdu dans ses godasses. Sa mission est pourtant de réduire les coûts à tous prix. Ce qu'il a réussi avec cette édition vache maigre. Beaucoup moins d'invités, et pas plus de deux nuits d'hôtel par tête de pipe. La soirée partenaires n'ayant pas fait le plein en ouverture, les petits fours ont été resservis pour la soirée de clôture, réchauffés un semaine après. Succès : aucune intoxication alimentaire à déplorer. À la
clôture, Ayrault a réaffirmé son soutien au festival que certains disaient déjà sacrifié, comme un autre festival, Juste pour rire, rayé du calendrier pour déficit chronique. Décryptage du conseil d'administration : la ville soutient, tant que le déficit n'est pas trop important. Mais pour faire face à cette 31e édition, 40 % de la subvention de 2010 a déjà été dépensé. La cavalerie, c'est bon pour les films sur la guerre de Sécession. Les commissaires aux comptes nordistes risquent de se montrer plus à cheval. Sur les principes.

Chen Kagade

* Lulu n° 61, novembre 2008, et 63, décembre 2008.

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