La lettre à Lulu
N°98-99 - décembre 2017

Le Télénéant et l'infini

Chaînette d’argent


Télénantes dépend un peu plus du patronat local et toujours beaucoup des élus. Chaîne indépendante ? Ça dépend.


Dans le fief de la traite né-grière, créer une chaîne c'était osé. Lancée en 2004, absorbant Nantes 7 six ans plus tard, Télénantes doit à nouveau faire la quête pour financer ses lendemains, ce qui sera d'autant moins évident que Saint-Nazaire et le département ont mis fin à leurs aides, la région limitant à 50 000 € son apport annuel au budget de N7TV, la société ano-nyme éditrice qui a remplacé la « télé associative » (statut loi 1901) après avoir goinfré la chaîne Nantes 7.  

L'actionnaire chambreur

Mais, miracle, la chambre de commerce qui crie pourtant misère, étranglée par la baisse des dotations d’État, prend place au capital de la chaînette avec l’opération Mediacampus (voir aussi par là), nouveaux locaux partagés entre la petite télé et l'école de com du groupe Audencia : « La CCI de Nantes Saint-Nazaire, initiateur de ce projet, a souscrit en 2015 à l’augmentation de capital de N7 TV à hauteur de 120 000 €, devenant ainsi actionnaire à hauteur de 15 %.» On lit ça dans le contrat d'objectifs et de moyens 2018/2022 passé par Télénantes avec Nantes métropole. Accord scellé le 13 octobre 2017, dans une très grande discrétion. Les conseillers communautaires ont voté la délibération sans grande curiosité. L’audience de la télévisette ? Quels services rend-elle qui ne seraient pas couverts par les autres médias existants, publics et privés ? Quand pourra-t-elle se passer de l’argent public ? Mystère et boule de com, aucune annexe à la délibération n’abordant ces questions.

C'est notre « télévision locale de service public » comme se sont gargarisé ses mentors et promoteurs, maires successifs inclus. La formule permet de justifier des subventions locales à un média, ce qui ne va pas de soi. Depuis quatorze ans, pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel, Télénantes est simplement un « service privé de télévision à vocation locale ». Ça fait moins rêver.

Avec des réserves

Faut pourtant que le contribuable, même s'il ne regarde jamais la petite télé bien sage, crache au bassinet. Programmé pour cinq plombes, le nouvel apport de Nantes métropole aligne 6,5 M€ de subventions directes d'ici 2022, « sous réserve du vote chaque année des sommes correspondantes »*, respect des formes oblige. 6,5 M€, c'est le coût des travaux du groupe scolaire de huit classes livré à Couëron en 2018.

Nantes métro qui pèse à elle seule 60 % des subsides, dit s'interdire toute ingérence dans la ligne éditoriale, « le présent contrat n’ayant ni pour objet, ni pour effet, de limiter ou d’encadrer son in-dépendance éditoriale ». Mais tout lire, c'est tout lier, Nantes Métro se réservant, hors cadre juridique du contrat, « la possibilité de parrainer des émissions de N7TV ou de diffuser, sur l’antenne de cette dernière, des programmes de communication institutionnelle ». En tout bien tout donneur, car « ces missions ne constituent pas une prestation et ne comportent pas de contrepartie économique directe au profit de Nantes métropole ». Pas de facture à la collectivité donc, le contribuable ayant déjà bien zingué pour ce service privé présenté public.

Désormais quasi fournisseur officiel exclusif de la perfusion publique, Nantes métropole espère que si Télénantes rejoint le réseau Vià, ça baissera les coûts de production en mutualisant des pro-grammes. Pas gagné, cette brillante idée étant régulièrement en chantier depuis vingt ans entre télés locales.

En argot des technocrates de proxi-mité, on dit : « L’action de N7TV permettra de proposer un modèle économique durable en développant les financements partenariaux pour diversifier et optimiser les financements publics », enchaînant sur ses devoirs : « N7TV s’engage à développer, au cours de l’exécution du présent contrat, ses recettes propres ne constituant pas des subventions versées par des collectivités territoriales, et provenant notamment de la diffusion de messages publicitaires, d’opérations de parrainage d’émissions ou de programmes de communication institutionnelle. » Mais attention, ces « recettes propres » à aller chercher dans l'environnement bienveillant du capitalisme partenarial ne dit pas que les aides publiques seraient sales. Il faut décrypter ces « parrainages d'émissions » et « programmes financés » : au-delà du logo furtif au début ou en fin d'émission, bien des versions du publi-reportage de propagande bien sentie (mais pas trop) pratiquent l'entorse au réel contradictoire et croisent le traitement médiatique et les intérêts bien compris de ces commanditaires. Si ces émissions de promo, aux antipodes de l'info, sont normalement incompatibles avec la déontologie des journalistes, il suffit  qu'elles dépendent de la grille des « programmes » et sortent du périmètre de suivi de la rédaction, et la morale est sauve. Le compte d’exploitation prévisionnel table sur 2 M€ de ces « programmes financés »...

Le reste est aussi financé, mais par les tribuables. On ne peut pas toujours traiter les gens de cons.

Jean-Pierre Pernossou

*  de 1,360 M€ en 2018, à 1,24 M€ en 2022


Lu 9 fois














La Lettre à Lulu : Une tranche de la vie secrète des cadres nantais observée, mise en BD et offerte par @rayclid à Lulu.… https://t.co/HgMd4RWqvI
Jeudi 20 Septembre - 00:18
La Lettre à Lulu : RT @MarionEhno: Évacuation des défenseurs de la forêt de #Hambach contre l'extension d'un projet minier. Un mort. En France comme en Allema…
Mercredi 19 Septembre - 23:41
La Lettre à Lulu : RT @rayclid: #MondayMotivation https://t.co/AuoQE879wr
Lundi 17 Septembre - 11:19
La Lettre à Lulu : RT @Bloom_FR: Article CRUCIAL de @Reporterre sur lien entre #EvasionFiscale & destruct° de la nature. 70% des navires de pêche illégaux son…
Vendredi 14 Septembre - 11:03
La Lettre à Lulu : RT @AlterNantesFM: @AlterNantesFM lance une campagne de crowdfunding sur @ululeFR pour l'achat d'un serveur de diffusion performant et d'un…
Vendredi 14 Septembre - 10:59