La lettre à Lulu
Lulu 100

Le chômage à qui expert gagne

T’es dans l’cadre


Avant de crever, un rêve : devenir aussi con que sultan.


Le courriel de Pôle emploi m’a d’abord paru louche. Ce Monsieur Noreply apparaissant dans l’adresse, jamais entendu parler. Un stagiaire, sans doute. Du coup, je lui ai pas répondu. Le message m’invitait à une « cérémonie des certifications consultants seniors » le 13 février. En fait une séance de retape pour une boîte privée qui tente de faire des chômeurs ses clients. Comme il y avait le logo de Police Emploi, méfiance, j’y suis z’allé, plus alléché par le « cocktail dînatoire » promis par l’invite que par la cérémonie des diplômes et le baratin sois-toi-même.  

À bas les ré-ré !

Novessor est une société de conseil et formation pour consultants indépendants et même une « académie ». La « manifestation » prometteuse annonçait une « action de formation novatrice », dénommée parcours de training consultant indépendant, format « compact » ou « intensif ». On y passe du coaching au mentoring avec un peu de mind mapping pour se dégeler les fibres protoplasmiques entre les neurones. Pour le training camp, le baratineur n’a pas dit s’il fallait amener son duvet et son carnet de chant. Mais c’est pas un truc pour rigoler, le consultanat, il s’agit de transformer le minable chômeur que je suis, alias « résigné réclamant », en startupeur en freelancing, expert en conseil. Le constat est simple : les seniors sont invendables, personne n’en embauche, mais ils et elles ont quand même de l’expérience et ça, ça pourrait se revendre. Plus de 45 balais, j’étais dans la cible. « Quelle famille n’est pas touchée aujourd’hui par un jeune-vieux inscrit à Pôle emploi ? », dit l’orateur-vendeur, Alain Roux. Submergés par l’émotion, les jeunes-vieux de la salle écrasent une larme.

Vive la révolution

Associant le salariat à une « servitude volontaire », le conférencier enfile les poncifs de VRP ultralibéral : « Osez ! », « L’emploi est mort, vive le travail ! », « Le pacte social n’existe plus », « On assiste moins à une crise de l’emploi qu’à une révolution du travail », voire le très spécieux : « On hérite d’un système pour lesquels les gens se sont battus. À nous de nous battre pour autre chose. » À bas les acquis sociaux, vive la bataille pour l’auto-entreprenariat. Alain Roux présente un trombinoscope de ses « coachs certifiés » à lui, avec qui « doit s’établir un respect réciproque, c’est très important ». Le hashtag #balancetoncoach n’est donc pas bien vu.

À l’occasion, un couplet culpabilisant : « Pôle Emploi a des contraintes budgétaires. On ne peut pas accueillir tout le monde. Chez nous, vous venez pour bosser. Il y a une responsabilité sociétale à ne pas piquer la place d’un autre. » Même dans la débine, le cadre garde le sens du profit. Qu’on les reconvertisse en thérapeutes, ça restera dans la continuité.

Monsieur 14 000 contacts

Raie bien peignée, le bonimenteur septuagénaire lit platement une feuille sur laquelle il a recopié des citations de penseurs du « self emploi ». Il vante le « libertariat » concept fumeux à mi-chemin entre salariat et précarité. Les couvertures des bouquins d’où sont tirés ces bricolages apparaissent à l’écran des deux power points, actionnés par deux assistants qu’il moque quand ils n’appuient pas assez vite, d’une slide à une autre. Deux écrans, c’est pour que tout le monde voit bien. L’orateur rame à se la jouer jovial, si sympa et décontracté. Il n’as pas du consulter un expert en charisme. Pas une bête de scène, mais il a un bon argument, il a dépassé la limite d’âge, 72 ans, le 11 janvier dernier. Pour former des vieux, c’est crédible. Ancien prof à Audencia, il demande à la salle qui a plus de 200 contacts sur LinkedIn ? Et plus de 500 ? Moins de bras. Mille ? Les bras se raréfient. Un beau teasing pour lâcher son propre score. Lui, c’est... 14 000 contacts sur LinkedIn. La classe. Écraser ses clients par un poil d’arrogance, ça doit être une stratégie marketing, chez les conformateurs en consultanting. Et le gars est sacrément de bon conseil, suggérant de se faire un « panorama des réseaux » pour vendre ses prestations d’expert, « et si vous n’avez pas d’idées, vous allez sur internet et vous allez raccrocher les wagons ». Ah, le oueurdeouailledeouaèbe, c’est l’idée du siècle, il paraît qu’on y trouve plein de trucs. Combien on vous doit, cher monsieur, pour ce conseil éblouissant ? Ah, aujourd’hui c’est gratis. Combien on vous doit de mercis ?

Je suis parti avant la fin, ratant petits fours et champagne. J’étais déjà saoulé.

Noam Chomskidefon  

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