La lettre à Lulu
Lulu 49 été 2005

Le petit marché bio mais trique. Port de l’angoisse


Un colloque sur l’anti terrorisme dans le port déballe tous les gadgets du bizness qui craint.


Tout bonus, ce Ben Laden ! Certains industriels peuvent lui dire merci pour avoir dopé leur chiffre d’affaires après les attentats contre les tours de New-York. Après le 11 septembre, les Etats-Unis ont imposé leurs lois au reste du commerce par mer, en instaurant un code dénommé ISPS*. Les 23 et 24 juin derniers, un colloque, organisé par le Port de Nantes St-Nazaire et l’Ecole de l’Hydro a réuni à la Cité des Congrès une brochette de spécialistes de l’anti-terrorisme et de la sûreté (le nouveau jargon pour la gestion sécuritaire de l’espace). L’optique, c’est d’appliquer aux ports maritimes les mêmes systèmes de vigilance permanents que dans les aéroports. En France, l’Ecole de la marine marchande locale est le seul centre de formation officiel à la nouvelle culture de la peur, pour les officiers de port et les navigants.

Chaque après-midi de conférence était sponsorisée par un pro du secteur sécurité, marchand de vigiles ou d’ordinateurs flicards. Sauf le thème du surcroît de travail refilé à l’équipage par ces consignes de sécurité, dont la table ronde était parrainée par le marchand de vin Friedrich. Barrez bourrés : la navigation titubante sèmera les pirates des mers.

En marge des débats, le petit village de stands déballe sur catalogue un attirail de gadgets qui ont tous besoin que la parano se banalise pour devenir indispensables. Secopex se définit pour lutter contre «les menaces aux contours mal définis : terrorisme, crise, criminalité, guerre civile». Polices et armées n’ont plus qu’à aller se rhabiller.

Panique à bon port

Moins ambitieux, le barbelé tranchant à lames de chez Bolloré, en acier haute résistance, «sur lequel une multitude de picots coupants comme des rasoirs sont fixés à intervalles rapprochés. La forme des lames assure une fonction de perçage et d’accrochage». Rien n’est prévu pour faire payer aux familles des perforés et écorchés vif le nettoyage des barbelés tachés de sang. Le même fabricant vante la clôture Gard’active qui a une «fonction réactive par génération dans le réseau d’un flux électrique calibré, haute tension, provoquant au toucher un choc rapide, non létal, mais particulièrement répulsif». Pff, ça tue même pas ! Minable. Horoquarz a un lecteur biométrique de la main, qui a des références «dans les prisons françaises, le ministère de la Défense, les clubs de sports, les laboratoires, les centres de télésurveillance». Là, c’est le top : vendre du matos sécuritaire pour protéger d’autres appareils sécuritaires ! Passons vite sur les scanners grand format HTDS passant des camions entiers au détecteur, pour repérer « traces d’explosifs, masses métalliques, armes chimiques, trafic de sources radioactives et dispositifs nucléaires, risques d’attaque bactériologique» et surtout «détection de clandestins dans véhicules ou containers».

Terroristes, sans-papiers, même combat. La Brinks a des «aspirateurs de particules paramétrés pour la détection de matières explosives» dans les voitures. Securitas propose la «sécurisation des provisions de bouche», des fois qu’un méchant virus halal vienne contaminer les marins de l’occident chrétien (de plus en plus rares, les équipages étrangers à pas cher ayant nettement plus la côte). A l’occasion, on apprend qu’il ne faut plus dire «vidéo surveillance», qui fait mauvais genre, mais «levée de doute supervision vidéo». Nuance ! En évoquant un champ d’application illimité, usines, transports sur route, air et rail, petits commerces et grande distrib’, banques, administrations et services publics, hôpitaux et cliniques, musées, théâtres et stades, écoles et universités, on se demande ce que Sony a pu oublier pour placer ses «caméras intelligentes», dotées d’un objectif clair : «garder un œil sur tout» . Ce qui est la plus large définition du marché qu’on puisse imaginer. Avant qu’imaginer ne soit devenu un délit, et que de nouveaux gadgets technologiques veillent au grain pour traquer les doux rêveurs.

* International ship and port facility security.

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