La lettre à Lulu
Lulu 97 - juillet 2017

Le révolutionnaire du dimanche

Bib blues


Faire marner les bibliothécaires le dimanche. Une idée macromuniste ?


Quand il fait son politique, Aymeric Seassau, responsable national au PCF des questions d’emploi et de l’entreprise, fustige Macron et son « mépris pour les salariés et le monde ouvrier » (L’Huma, 01/06). À Nantes, adjoint à la lecture publique, il n’a plus rien contre la ministre de la Culture du gouvernement Macron qui veut élargir « l’amplitude d’ouverture des bibliothèques et médiathèques » (Ouest-France, 23/06), suivant en cela une certaine loi Macron*, le candidat Macron parlant deux ans plus tard d’une « révolution de l’accès » aux bibliothèques. Seassau s’y emploie avec acharnement et un scénario tout ficelé d’ouvrir dès 2018 les lieux de lecture nantais huit dimanches par an, avec extension toutes les semaines jusqu’à 20 h mardi, 19 h samedi. L’élu communiste ne se fait pas beaucoup d’amis chez les cégétistes des bibliothèques. Seassau prétend pourtant être l’élu qui écoute le plus les syndicats. « C’est sans doute vrai. Mais il ne fait qu’écouter, soupire le cégétiste Gilles Le Merdy. Quand il ne passe pas la réunion à pianoter sur son smartphone... » L’offensive pour l’innovation, la bibliothèque de demain et l’ouverture élargie aux dimanches s’appuie sur des « prototypages d’idées » d’ateliers citoyens qui, de mars à juin 2016, ont officiellement mobilisé 114 personnes, mais souvent moins d’une soixantaine. Un truc que la ville inscrit dans un « dispositif d’accompagnement au changement » qui sent l’embrouille. « Seassau nous a soutenu qu’il n’y avait pas de piège ». Une des réponses du plan municipal qu’il soutient, « créer des moments où les usagers sont eux-mêmes accueillants » en en faisant des bénévoles proactifs : « L’usager est proposeur, auxiliaire, évaluateur ». Méthode anglaise, « le bénévolat y a déjà bien augmenté ces dernières années tandis que le nombre des professionnels a largement baissé ». Lors du dernier congrès de l’asso des bibliothécaires de France en juin, l’exemple de Newcastle a jeté un froid : 18 bibs municipales en 2012, huit seulement quatre ans plus tard, les autres gérées par des bénévoles, chute des prêts et des usagers, divisés par deux... Seassau avait déjà commencé son mandat d’élu nantais face à une grève des bibliothèques les samedis en avril 2014, à l’appel de la CGT, dénonçant « la détérioration annoncée des services publics dans les bibliothèques nantaises ». Un comble pour un coco. À Nantes, la flexibilité, la polyvalence forcée diluent déjà la spécificité des métiers. « On est à flux tendu. On nous demande de faire des animations en devenant ludothécaire, accessoirement en piquant leur boulot. On appauvrit les collections en forçant sur les best sellers sous couvert de participation des usagers et de développement du numérique », témoignent des professionnelles. La carotte, bosser le dimanche pour 16 euros brut de plus, ne les fait pas vibrer. Si boutiques, supermarchés, tout ouvre le week end, qui sera libre pour aller dans les bibliothèques ? Vivement qu’on les transplante au rayon surgelés.
Jorge Luis Cyborg

*  En février 2015, un amendement oblige les conseils municipaux à voter sur l’ouverture des bibliothèques le dimanche. En décembre 2011, les sénateurs communistes avaient fait adopter par le Sénat une proposition de loi garantissant le droit au repos dominical, jour commun à l’immense majorité des salariés.
Le révolutionnaire du dimanche

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