La lettre à Lulu
Lulu 101

Le start-up système patine

Numérictus


L’envolée des start-up nantaises s’amenuise. Mais la métropole mise toujours à fond
sur le numérique innovationnel.


Dessin : Sister Joan
Dessin : Sister Joan
Il suffit d’une idée innovante. Par exemple des sushis de plage réalisés par une imprimante 3D portable, ou un service de livraison 24h/24 de maillots de bain polyamide gonflables. C’est la base du start. Après, c’est up. À Nantes mi-juin, la 10e édition du Web2day a reçu une guest star, le pdg de Blablacar, et une injonction : « prendre conscience du rôle des start-up dans le cours du monde ». Ou comment devenir Gafa, gouglappelifié, fessebamazoné depuis la cité des Trouducs de Bretagne.

Profilages

On nous rebat les oreilles avec le numérique et les start-up. Et on nous fait les poches pour les aider à recruter. Le 31 mai, les collectivités Angers, Brest, Nantes, Rennes et Saint-Nazaire ont craqué 50 000 € pour trois heures de drague, finançant 18 start-up provinciales pour débaucher des numériqueurs parisiens, dans une guinguette numérique du 13e arrondissement. « À la recherche de profils qualifiés pour des postes stratégiques à pourvoir à six mois ». Cet événement « décontracté, ambiance afterwork » s’appelait « La Ruée vers l’Ouest. Les pépites de la tech recrutent », soit une entreprise immorale de débauche. Il s’agit de détourner de leur patron des « cadres dirigeants, business developpers, data scientists » aguerris. La chasse est ouverte.

Proactivité

Dans cette compète capitalistique aux airs de course de fonds, on s’active frénétiquement. Nantes-Saint-Nazaire Atlantique développement(1) et la très choyée cantine numérique(2) font la promo de l’école privée Wild code school qui ouvre bientôt et facture 6 000 € une formation de data analyst ou product manager en trois mois. Même tarif pour une « formation intensive pour devenir développeur » en cinq mois.

Sinon, l’Auran, l’agence d’urbanisme de l’agglo, doit reconnaître que les chiffres du start-up land local sont dopés par l’ubérisation des livreurs de bouffe tiède en boîte à bretelles et des auto-exploitations en simili taxi : « La hausse des créations d'entreprises dans la métropole nantaise se matérialise donc en partie [60 %] par la multiplication des livreurs à vélo et des véhicules de transport avec chauffeur, en grande majorité micro-entrepreneurs » et que la belle dynamique de nouvelles start-up s’émousse : « L'année 2017-2018 marque néanmoins un ralentissement des créations avec 30 entreprises enregistrées » soit 40 % de moins que les deux années précédentes. Selon l’Auran, c’est parce qu'on aurait atteint un niveau d’équilibre des projets (ce qui est une grave mise en cause de l’idée de croissance effrénée et de la projectologie proactive), et l’ère serait à la prudence : « Les entrepreneurs favorisent les tests usagers et la mise à l'épreuve de leurs solutions avant d'officialiser leur projet de création de société qui intervient plus en aval. » Manière de traiter leurs prédécesseurs d’irresponsables aventuriers.


Problématique

Cette baisse du start-upisme contrarie, avec un effet pervers de la courbe de croissance qui débande, une « intensification de la concurrence sur l'accompagnement des startup entre les incubateurs, accélérateurs et autres dispositifs assimilés ».

Autrement dit, on cherche tellement à favoriser ces jeunes pousses qu’on en rajoute, ce qui « peut créer un effet d'aubaine pour les porteurs de projets et nuire à la lisibilité du parcours de l'entrepreneuriat ».(3)

D’autant que ça contrarie le chauvinisme : « Un déséquilibre entre l'accueil de projets exogènes [venant d’autres départements], et l'accompagnement de projets endogènes au territoire [du cru, quoi] constituerait un facteur de fragilité par la Tech nantaise ». Il est temps d’instaurer un protectionnisme des tapis rouges déroulés sous les pompes des jeunes loups.

Emma Nuel-Micron

(1) 2,75 millions d’euros de subvention de Nantes métropole pour 2018.

(2) 526 000€ de Nantes métro et la Région en 2015, 150 000 exceptionnels après l’incendie de novembre 2016, 479 000€ par convention avec Nantes métro en 2017)

(3) « Un nouveau cap pour l’écosystème des start-up ». Synthèse de l’Auran n°26, juin 2018.


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