La lettre à Lulu
Lulu 94-95 - décembre 2016

Le startupisme pour les nuls

Silly-con vallée


La création à la con est en vogue, pour déconner ou pour très sérieux. Modèles nantais.


Nimporte nawack, connerie en barre, bidules à la con. Une réunion de geeks a parodié les hackatons, ces week-ends à phosphorer et produire des machins technologiques à l’utilité parfois douteuse. Poussant le bouchon, le hackacon(1) assume les créations absurdes : paire de steaks connectés avec diodes en couleur ; application qui prévient quand vous devez aller pisser ; appli qui signale quand vous tenez votre smart phone en main ; imprimante 3D sculptant n’importe quoi avec du fromage ; sablier faisant le décompte des heures avant la ménopause ; application bloquant tous les contenus du web sauf les pubs ; service de smartphone qui dit ce que vous lisez quand vous lisez un livre ; bondage sado-maso pour plantes vertes en suspension ; gâteau remplaçant la farine par un médicament anti-acide vendu pour un soulagement rapide des brûlures d’estomac ; ou application pour appareil photo qui ne prend de photo que quand il est vigoureusement secoué. Ça, c’était aux États-Unis. À Nantes, les organisateurs ont proposé des thèmes : « Endettons nos enfants ; La réalité virtuelle pour les animaux ; Drones et existentialisme ; Connecté et comestible ; L’uberisation des problèmes gastriques ; Le communisme, c’est quand même bien ; Afterworks et sacrifices rituels », ou encore « L’e-réputation de Taylor Swift en tant qu’artefact de la déconstruction du spleen baudelairien dans une société soumise aux transformations du post-modernisme. »

L’inventivité nantaise a accouché d’un détecteur d’érection, d’un « extrudeur fécal » pour esthétiser ses selles en jolies formes de trèfle ou de churros, d’une boîte de pop-corn qui s’allume quand on pioche dedans ou encore un robot traducteur pour rédiger des lettres de motivation bourrées de mots obscènes et d’invectives graveleuses.

​Paveton diffusion

Mais bon, tout ça, c’est pour déconner. En revanche, lire la presse permet de dénicher une vraie idée vraiment commercialisée : le pavé de Paris en granit véritable, vendu 60 € pièce, « livré avec un certificat d’authenticité, numéroté »(2). La vraie start up de Margaux Sainte-Lagüe en a très sérieusement acheté cinq tonnes à la mairie de Paname. Elle envisage même une édition spéciale : « Le pavé est recouvert d’or avec une peinture de restaurateur doreur. »

​Cause toujours, je touite

Quelques jours plus tard, nouvelle perle, trois colonnes pour présenter l’application Beekast que trois Nantais futés développent avec déjà vingt salariés, et 2,7 millions d’apport misé par des capital risqueurs. Le capitalisme est à l’affût de la moindre couillonnade si ça peut rapporter du gross operating profit. L’idée géniale : via son smart phone, l’appli « permet à tout le monde de poser une question, même au plus timide »(3), lors d’une réunion de travail, un séminaire, une session de formation, une conférence, un cours de fac, même si « les enseignants sont les plus difficiles à convaincre ». Puisque tout un chacun a déjà tout le temps le nez dans son écran portatif, que tout un machin y reste. Comble de la modernité, on peut « aussi interagir en passant par Twitter ou en envoyant des SMS » au gusse qui est à cinq mètres de soi et qui lui, diffuse des nuages de mots, des quizz, des brainstormings ou des jeux via la foutue appli. « Pour l’organisateur, ses réunions deviennent plus performantes et plus productives et il a la possibilité de modérer les propos du public », vante le site. Contrôle absolu. Évacuer les questions gênantes. Un must. La presse bizness s’est aussi extasiée : « Beekast, plus besoin de micro dans la salle »(4). Se parler ? Ringard. Mais pourquoi aller à des réunions puisqu’on peut depuis son plumard regarder l’animateur, le prof ou le boss pérorer, et poser des questions pour montrer qu’on suit ? Cette question est à poser via l’appli miracle, et « intelligente », à l’évidence. Ah merde, j’ai plus de batterie. Quand on pense qu’il y a des gens qui luttent contre les grands projets inutiles, alors qu’il y en a plein de petits.
Bill Guettguette
 
(1) Le hackathon des idées pourries et trucs à la con dont personne n’a besoin (Stupid Shit No One Needs & Terrible Ideas Hackathon).
(2) Ouest-France, 16 septembre 2006.
(3) Ouest-France, 27 octobre 2016.
(4) L’Express entreprise, 24 novembre 2014.

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