La lettre à Lulu
Lulu 93 - juillet 2016

Le surchauffagisme expliqué aux enfants

Marquis de Zad


Chalumeaux, racines de Zad, PS schizophrène, si ça pète c’est pour ça.


Malgré un printemps pourri, ça a chauffé dans les rues de Nantes et Rennes. L’AFP a alors trouvé un expert spécialiste. Une pointure : Stéphane Sirot, chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po, prof d’histoire politique et sociale du XXe siècle à l’université de Cergy Pontoise, donne aussi des cours à l’IAE, Institut d’administration des entreprises à Nantes. Son éminence explique que si le pavé vole parfois plus ici qu’en d’autres contrées, c’est que le passé a connu la surchauffe : « En 1955 par exemple, pendant les grèves des métallos à Nantes et Saint-Nazaire, les CRS étaient accueillis dans les usines avec des chalumeaux ! »* Imaginez la peur des compagnons repus de sécurité face à des flammèches de vingt centimètres. En revanche, ce qui est vrai, c’est que les CRS ont été confrontés à un comité d’accueil assez peu amène de métallos en pétard maniant des lance-flammes** – la catégorie au dessus – ou braquant ses boyaux à air comprimé pour balancer des déchets de ferraille vers la troupe à matraques et mousquetons. Ces tuyaux envoyaient des projectiles à cinquante mètres, raconte le bouquin de Louis Oury, Les prolos, réédité par les éditions Agone. 

​Oui mais non

Puis le socio-historien pour qui lance-flamme ou chalumeau, c’est du pareil au kif kif, dévoile le pot-au-roses de ces rues rennaises et nantaises survoltées : c’est la proximité de la Zad qui échauffe les esprits et forme les têtes brûlées (certainement un coup du   chalumeau). C’est un chercheur, il a donc de la méthode. Il évoque ainsi « une frange de militants plus jeunes, qui se sont retrouvés autour de la Zad et qui ont eux aussi développé des pratiques assez radicales. On peut penser qu’elles ont essaimé en partie chez certains jeunes qui manifestent parfois assez rudement dans les rues de Nantes. » On peut penser. Il faut même l’élucubrer, supputer, échafauder. Mais, conscient de la fragilité de cette logique à deux balles, il se reprend. La Zad qui explique tout, finalement non, pas trop : « En faire l’explication majeure, cela me paraît surtout un argument très politique de la part de ceux qui sont parmi les principaux soutiens au projet de transfert de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. »
Notre éminent expert a aussi une idée qu’il limite à Rennes, où on a constaté un « investissement plus marqué qu’ailleurs dans l’envie de s’insérer et de progresser dans la société grâce à cette réussite scolaire ».

​Inouï, non ?

Et comme la chimère ne devient pas papillon, que la réussite sociale n’est pas au rendez-vous, plus dure sera la chute. L’amer désappointement qui vient nourrit inéluctablement le dépit, la désinsertion, et mène colériquement à la balistique du paveton rencontrant la vitrine d’une banque. C’est bien connu. Autre explication filandreuse, c’est la faute au PS et à son différentiel local-global : « Quand cette gauche très bien implantée localement est au pouvoir et que, notamment sur des thématiques sociales, elle semble produire des textes qui s’éloignent des raisons pour lesquelles elle a été élue, cela crée sans doute plus qu’ailleurs colère et ressentiment », expose Sirot, que son ressentimentalisme perdra.
Yannick Guinguette
* « Loi travail, une radicalité aux racines profondes », AFP, 20 mai 2014.
** Lire aussi, « Lance-flammes » et « lance-pierres »

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