La lettre à Lulu
Lulu 89 - juillet 2015

Les guet-lurons chassent l’intrus

Moindre du monde


La déco des entrées de ville s’enrichit de milices en gilets fluo. C’est seyant, c’est Indrais.


Pour éviter les retours d'expulsion, de bons samaritains en gilet fluo ont barré les routes aux intrus.

C'est nouveau, ces animateurs de rond-point. Des élus de la commune d'Indre, le bourgmestre en tête, ont réinventé le guet, force de dissuasion civile aux entrées de ville, barrages mobiles empêchant le retour sur leur commune chérie des Roms expulsés par la police du terrain vague en face à la déchetterie géante de Tougas. C'était le 30 avril 2015. Un bonne vingtaine d'élus, des Indrais zélés, quelques agents municipaux se sont mobilisés du petit matin jusqu'au lendemain vers 2 h 30. La nuit : une torche dans le visage des conducteurs forcés de s'arrêter comme dans les films américains, pour vérifier la typologie ethnique des susdits automobilistes. Retour le lendemain, des expulsés errants ayant été aperçus aux alentours. Le pire a été évité, merci à Serge David, élu maire sur un programme de rejet des Roms qui avaient été bien accueillis et accompagnés par son prédécesseur, Jean-Luc Le Drenn.

Guet pride

«On est déterminés à pas les laisser rentrer chez nous» et «on a été nargués par des Roms», ont maugréé les miliciens en «tours de garde» mais qui refusent le terme «milice». Après des premières explications sans ambiguïté, «éviter l'arrivée des caravanes dans la commune» tout en se félicitant : «Le village de la Solidarité a été récemment démantelé» (lire ci-dessous), Serge David a tenté profil plus bas. Meuh non, il n'a rien contre personne, cette opération de «sécurisation» était une mesure d'aide spontanée au trafic automobile. Un jour et demi sur le qui vive au bord du bitume, le maire a donné de sa personne. Les jours suivants, il a subi comme si de rien n'était un rassemblement de 150 citoyens protestant devant la mairie, un bulletin d'info diffusé par l'opposition et l'irruption lors du conseil municipal d'un collectif dénonçant l'antiromanisme. Pour les tags, «raciste» et «populiste» devant sa maison, il a demandé une force d'interposition des casques bleus. En tous cas, il a porté plainte chez des bleus.

Bienséance tenante

L'opposition municipale a écrit au préfet pour s'étonner que des particuliers, élus ou pas, puissent improviser un tri sélectif automobile. Pas de réponse.

Depuis le temps que dure le sinistre feuilleton des expulsions des roms dans l'agglomération, on n'avait pas connu un tel engagement de civils pour défendre la liberté de non-circulation. À l'heure où les pro-aéroport fantasment sur la détermination des paysans FDSEA du Tarn à virer les zadistes à Sivens (lire page  4), il faut s'inspirer des exemples d'Indre, Couëron (petits patrons de la zone des Hauts de Couëron) et Saint-Herblain, où le bravecitoyennisme milicien fait barrage aux envahisseurs. Comme dit l'autre, barrage, ô des espoirs, oh yes, sus à l'ennemi…

Romain Duraille

Roman fleuve. La terre aux terriens
Fidèle à son slogan à relents (suivez-mon-regard) «Indre aux Indrais», et à sa promesse de «Une famille intégrée, un mobile home fermé, jusqu’à disparition du village», Serge David, élu de justesse, de 92 voix, a «démantelé» le «village de la solidarité» créé par l’ancien maire Jean-Luc Le Drenn, projet d’accueil et d’intégration pour cinq familles roms. Les familles ont été logées en HLM depuis juillet 2014, à Nantes ou à Montaigu, à plus de 50 km. «Quand on voit ce que le village a permis à certaines familles : une de ces femmes, Médalia, s’est lancée dans la vente de plats roumains», note une militante de l’asso Romsi. Que ces familles aient trouvé des logements, c’est pas mal. Mais ce village aurait pu servir à d’autres. Beau gâchis. 


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