La lettre à Lulu
Lulu 100

Les savons de l’histoire locale

Popopop


Une histoire locale au ras du sol mais qui dérape au bout.


Ça part du sous-sol, des vestiges l’archéologie, pour finir hors sol, à l’écoute des petites élites gouvernantes. Entre temps, l’histoire populaire s’est collectée au ras du sol et c’est toute cette partie qui fait l’intérêt de ce bouquin, LHistoire populaire de Nantes*. On retrouve dans les auteurs deux historiens proches du pouvoir local, et l’ancien rédac chef de Place Publique où les deux premiers officient aussi.

Histoire pop, version locale. Ce balayage de la préhistoire à nos jours arrive après deux histoires populaires Des États-Unis de 1492 à nos jours, d’Howard Zinn en 1980 et De la France de 1685 à nos jours », de Michelle Zancarini-Fournel en 2016.


Gloire aux anonymes

Le parti pris est aussi réjouissant, préférant le récit des anonymes aux vieilles sagas des puissants, délaissant donc couronnements, intrigues de cour, batailles d’empires, élections à la tête des instances dirigeantes. Il faut jongler avec le manque de traces que laisse le peuple dans les archives, hormis le regard condescendant des pouvoirs sur la misère, et les mesures de maintien de l’ordre, ordinaire ou exceptionnel. L’historien doit donc trier dans les écrits sur les pauvres émanant du gouvernement local, de la police, de médecins saint-simoniens, de curetons. Les témoignages plébéiens directs sont forcément rarissimes. La déclinaison nantaise use de formules impérieuses, truffant le texte de « nous savons » sans qu’on sache qui est ce nous (les auteurs, les Nantais, les historiens...) « Nous savons que le peuple boit ». Ah bon.  

Sous terre, sur mer

Le manque d’archives contraint à suivre les spéculations d’archéologues et à lire les chroniques officielles de la misère, avant qu’émeutes de la faim et « troubles de subsistance » laissent des marques dans le fatras des archives. La traite négrière est traitée par son autre pan invisible, les soutiers du trafic, soulignant que « les mousses les plus jeunes (qui) n’ont que sept années d’espérance de vie professionnelle, un peu moins qu’un esclave vivant dans une plantation ». Au milieu du XIXe, le bureau de bienfaisance secourt presque un quart de la population nantaise... Les conflits de classe sont bien présents, ceux de genre moins apparents. À la différence de l’approche « au ras du sol » de Michelle Zancarini-Fournel, ce déroulé dans la cité des Ducs s’attache moins aux émeutes, révoltes et organisations autonomes affrontant le pouvoir, faisant des impasses, par exemple sur le réseau nantais de soutien au FLN et ses appuis syndicaux pendant la guerre d’Algérie, les mouvements antimilitaristes divers, insoumission, renvoi des papiers militaires, ou plus récemment les émeutes de 2005 dans les « banlieues », en fait des quartiers populaires, expédiées en une ligne.  

Remontée vers les gouvernants

Pour la période contemporaine, le ras du sol disparait. L’aujourd’hui substitue curieusement les discours des dirigeants locaux à l’enjeu d’une parole populaire, fut-elle plurielle. Le bouquin adopte une vision institutionnelle, passe au filtre université, église, chambre de commerce. Et la municipalité, ses stratégies d’urbanisme, de politique culturelle. Les auteurs reconnaissent qu’il s’agirait plus d’une culture pour le peuple que d’une culture du peuple. Cependant, « les scolaires qui se rendent par milliers à la Folle journée », c’est bien joli, mais c’est du story telling : les gniards n’ont pas choisi et ça n’en fait pas pour autant un rendez-vous échappant à une célébration de l’art bourgeois. La confection des chars du carnaval paraît plus conforme à une pratique populaire réelle. Pour faire la saga du populo, citer Jean-Marc Ayrault et Johanna Rolland, ou une poignée de sociologues, on repassera. La question de la gentrification survolée, le texte note la montée de l’abstention populaire, tout en s’attachant aux résultats électoraux. Allez, allez, pas d’histoire. Fernand Peutoulier  

* Histoire populaire de Nantes, Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume, Didier Guyvarc’h, 480 p. Presse universitaires de Rennes, 15 €.  

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