La lettre à Lulu
Lulu 100

Les tontons morivaldingueurs

Bac à sable


Je pars pas, ou je pars pas ? Le maire du Pellerin a un sens spécial de la morivalse-hésitation.


Benjamin Morival, candidat divers droite à sa succession à la mairie du Pellerin est mal barré pour être reconduit. Ou alors à la frontière du canton. « Autoritaire, cassant, insultant » : sa majorité l’habille pour le printemps et exige sa démission. Depuis qu’il a humilié publiquement son adjoint aux sports, Morival a perdu sa légitimité. La fin du mandat vire à la farce. Lui promet le chaos. Seul aux commandes, poussé vers la sortie, il s’incruste. Ce Clochemerle en pays de Retz feuilletonne coups bas, complot, insultes, menaces, pacte et trahison… Trois mois de conseils municipaux ont redonné un peu de peps au ronron communal. Chaque jour étale de nouvelles frasques de Morival. Conseil municipal à l’arrêt. Démission de leurs charges de tous les adjoints. Demande de 22 élus (sur 26) pour que le maire dégage. Manif d’habitants sous les fenêtres de la mairie. Le gros des associations réclame sa tête, même les footeux, depuis que le bourgmestre a coupé les trois-quarts  de leurs subventions ! Droit dans ses sabots, sourd comme un pot de fer, Morival refuse sa propre démission.

Traîtres, lâches, menteurs !

« Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que nous avons été élus pour exécuter un programme dans l’intérêt général, pas pour être une bande de copains », répond-t-il dans une missive adressée au « cartel d’adjoints ambitieux » qui mène le front. « Des traîtres, lâches et menteurs !, balance-t-il. Des manipulateurs qui participent à des réunions en catimini avec l’opposition et qui sortent des documents de manière déloyale, m’affirmant le lundi précédent que tout va bien. » Visé, l’ex-premier adjoint et tête de file des frondeurs, Patrick Gavouyère se mord les doigts. Car, à moins d’être masos, lui et ses amis politiques avaient bien consenti à composer avec le caractère cassant de Morival pour le porter au pouvoir il y a quatre ans — contre tous les pronostics, la commune votant traditionnellement à gauche. Aujourd’hui, on dit Gavouyère prêt à succéder à Morival s’il s’en allait. « Ici, c’est la fin de l’histoire », gronde-t-il, bravache, le 12 février, au terme d’un conseil municipal ubuesque qui a rejeté en vote secret le budget prévisionnel 2018*. « Nous n’acceptons plus ce type de gouvernance ; nous voulons faire cesser une pratique de pouvoir autoritaire, solitaire et parfois vexatoire qui heurte les habitants, épuise les agents et entrave l’action des élus ». Sur ce point, tout le monde est d’accord. Même Paul Brounais, 25  ans, une petite tronche en culotte courte, exalté par des valeurs de droite. Cadet de la majorité municipale, il a longtemps été un brave morivalet de pied. Gratifié du poste d’adjoint aux sports et à la communication, avant d’en démissionner, il se rêve un destin politique. Présidant « Pellerinais en action », une asso politique locale tout à sa gloire, il se tient loin des querelles, prend le pouls des villages du Pellerin et assure : « Je ne participerai pas à la chasse à l’homme » (Ouest France, 19/02). Sa prochaine ouverture de la chasse, c’est en 2020…  

Jusqu’au chaos

Dans une ambiance parano, les frondeurs peinent à se mobiliser. Morival maintient son calendrier et carbure à l’ordinaire comme si de rien n’était, fêtes des aînés, cérémonie commémo, galette des rois, sans se soucier de la menace de mise sous tutelle de la commune par la chambre régionale des comptes à la mi-avril. L’opposition ? Totalement apathique. Emmanuel Chauvet et autres figures à gauche ne s’en mêlent pas. « Personne n’a intérêt à convoquer de nouvelles élections. La majorité municipale a été élue sur les divisions de la gauche et elle n’a aucune garantie de l’emporter à nouveau. En face, c’est le flou : aucun nom, aucune personnalité dans l’opposition qui soit capable de rassembler. Le plus inquiétant, c’est qu’ils ne capitalisent même pas sur le champ de ruines. Morival n’est pas dupe : il l’a très bien compris et il en joue. Au fond, c’est lui qui a les cartes en main. Ce qui se passe aujourd’hui a pris tout le monde de court. Vu la personnalité du maire, il fallait pourtant s’y attendre », enrage un fin connaisseur de la politique locale. Deux médiateurs, le sénateur centriste Joël Guerriau et Grégory Fouglé, conseiller municipal à Saint-Brévin, ont été conviés en urgence à dénouer le sac de nœuds. D’abord récusés par le maire qui — sans autres revenus que ses indemnités d’élu —, s’accroche, il a reçu les messieurs bons offices tout en grognant : « La fin du mandat s’annonce chaotique, si on va jusqu’au bout ». À moins que le chaos finisse en KO.

Anis Mauresque
 

Lire aussi : "Passe ton bac d'abord" (Lulu 100, avril 2018)


* Matée, la fronde a fait pschitt. Le 9 avril, les grognards ont voté le budget prévisionnel en conseil municipal, sous les lazzis d’une salle bondée, dégoûtée. Après de petits arrangements d’arrière-cuisine, le maire s’offre un sursis pour deux ans et mise à l’épreuve.  
Les tontons morivaldingueurs

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