La lettre à Lulu
Lulu 96 - avril 2017

Magnifique site pollué, voisins braillards, cherche gogos

Hors d'œuvres


Champ-de-Manœuvre : un projet prisonnier de son environnement et des basses œuvres de la com'.


C’est une discrimination affligeante et une offense faite au genre humain fort dommageable : pour le projet d’urbanisme du Champ-de-Manœuvre à Carquefou, la belle consultation pour la coconstruction de zone d’aménagement coconcerté a oublié les principaux voisins : les détenus de la maison d’arrêt coconnexe. À côté, un riverain qui est, lui, bel et bien membre des ateliers de consultation proteste : les tours de dix et douze étages dont l’implantation était envisagée « côté prison sans fenêtres sur cette dernière » ont été déplacées sur le plan. « À quoi servent la consultation et les réunions publiques dans ce cas ? »** Aïe ! La « démarche de participation innovante » a l’air de couaquer sévère. Nantes métropole précise que « la concertation a vocation à présenter et à échanger autour du projet et de ses intentions sans les figer dans le temps ». Et sans tenir compte des avis des gens du coin, apparemment. Une habitante du secteur souligne d’ailleurs que « le bruit provoqué par la prison le soir et la nuit devrait éliminer la possibilité d’habiter le long de la prison ». À toute heure, ça gueule pas mal, aux fenêtres des cellules. Pas de souci, Nantes métropole mène une étude acoustique pour minimiser l’impact sonore de la maison d’arrêt et promet un écran végétal épais de 20 m pour tamiser les cris aux barreaux...

Champ de mise en œuvre

Champ-de-Manœuvre, nom de code commercial de l’opération immobilière « à l’horizon 2019-2032 » récupère un terrain d’entraînement et champ de tir de bidasses depuis 1879 et y colle 1 800 logements. Le hic, c’est que la construction de la prison a précédé ce projet en entamant un tiers du beau périmètre*, soit 19 ha. Et pour vendre du logis de rêve au pied d’une taule, faut un peu jouer les contorsionnistes question communication. Dans une opération d’urbanisme qui vise à densifier la ville, séduire la chaland en lui vantant l’îlot nantais qui a la plus forte densité de bagnards au mètre carré n’est pas forcément le meilleur argument de vente. Le journal du projet de novembre 2016 vante « un site idéal pour expérimenter encore plus de nature en ville ». Lire « plus », c’est comprendre moins : la zone boisée est à moitié ratiboisée pour ne laisser que des restes de trame de verdure. Sur les 50 ha à aménager, « 27 ha seront destinés aux îlots bâtis » comprenant les rues, accès et pourtours des immeubles un peu verdis grâce aux pots de géranium aux balcons. Comme « environnement naturel protégé », on fait mieux. Mais là non plus, « le quartier nature qui bétonne la moitié de son terrain » ne ferait pas formule magique créant du désir d’acquisition à taux variable et de la convoitise d’indice de profitabilité croissante. 

​Terre non potable

Il est conseillé de faire l’impasse sur quelques lignes du rapport du commissaire enquêteur : « présence de pollutions dans les sols, les gaz du sol et les eaux : polluants organiques (HAP-HCT, [alias hydrocarbures aromatiques polycycliques et hydrocarbures totaux]) et présence d’arsenic dans la nappe souterraine au-delà  du seuil réglementaire pour la distribution d’eau potable »**. On a aussi un cocktail de trichloréthylène, trichloriméthane et mercure en « anomalie modérée ». Mais pour rassurer tout le monde, il est prévu un « diagnostic complémentaire pour vérifier l’acceptabilité sanitaire de l’exposition des populations à l’inhalation des vapeurs de trichloréthylène ». Sympa de vérifier.

Pour la phase travaux, comme on est sur un ancien champ de tir, il y a déjà eu des mesures de dépollution de vieilles munitions. Les fouilles archéologiques sur 10 % de la surface ont trouvé un obus de mortier et des bombes au plâtre. Et il reste un « risque potentiel de découverte d’engins pyrotechniques sur les parcelles voisines de cet ancien terrain militaire »**, les artilleurs ayant eu la fâcheuse manie de tirer dans le tas et autour du tas.

C’était la modeste contribution de Lulu aux grandes causes de la promotion immobilière et de la critique balistique.
 
Johanno Ralant
* « Le chant de la manœuvre », Lulu n°86-87, novembre 2014.
** Rapport de l’enquête publique à la DUP du projet d’aménagement emportant mise en compatibilité du PLU de la commune de Nantes, à l’autorisation au titre de la loi sur l’eau, à la cessibilité des immeubles nécessaires à la réalisation du projet, novembre 2016.

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