La lettre à Lulu
Lulu 42 - novembre 2003

Maison Villiers et fils. L’opéra bouffon du Vicomte


Le bouffon a été répudié par son maître. C’est le fiston du Vicomte qui s’est chargé de l’annoncer au Fou du Roy du Puy.


Comédien, employé comme bouffon de plein air sous statut intermittent, solidaire du mouvement, Arnaud Montfort en était au milieu de sa quatrième saison au Grand Parcours du Puy du Fou. Une saison brutalement intermittée pour un droit de parole ni assez bouf ni trop fon. Son contrat qui devait être reconduit jusqu’en septembre comme tous les ans, n’a pas été renouvelé fin juillet. Na ! Hop, dehors ! Répudié, le bouffon. Son soutien au mouvement des intermittents a suffi a en faire un indésirable.

Un jour sur deux toute la saison

Le parc du Puy du Fou est gros employeur d’intermittents : l’effectif tournant mobilisé est d’environ 90, même s’ils ne sont en permanence qu’une quarantaine en service, dotés de contrats interdisant de donner des interviews. On ne sait jamais. Ici, on triche un peu : on paye un jour sur deux, mais avec cachet double. L’Assédic finance les jours sans cachet. La CGT appelle ça du travail dissimulé. Le 5 novembre, les Prud’hommes apprécieront. Pour le même travail, Arnaud a d’abord été salarié par la Sodexho qui gère le restaurant du Relais de Poste au sein du Parc. Cet employeur sous-traitait une partie des prestations de comédiens à la société du Parc qui a depuis pris le relais pour payer en direct ce personnel. Les arrangements sur le nombre des cachets sont monnaie courante, accordés pour amadouer et retenir les plus expérimentés qui manifestent l’envie de partir (ici, on ne manifeste pas plus que ça). Les garder, c’est éviter de reformer de nouveaux comédiens aux mêmes rôles, parlants ou muets, dans le Parc.

En juillet, en pleine vague d’annulations de festivals, le mouvement des intermittents cible le Puy du Fou. Une première intervention pacifique est reportée. La seconde fois, de Villiers plagie le scénario de l’épisode de Carhaix où les gentils bénévoles enfiévrés ont été rameutés en milice défendant son festival contre les méchants envahisseurs. Les Puyfolais, ces dévoués bénévoles du spectacle du Puy du Fou ont été convoqués en nombre, motivés contre les rouges, les immondes communisses, les malfaisants fainéants, les ignobles impudents qui veulent empêcher la féerie de se reproduire. L’aide de la maréchaussée (contrôles et barrages routiers, hélicoptère, 250 CRS) est apporté pour transformer le parc d’attraction en Fort Alamo. En guise de veillée d’armes, la musique du spectacle est passée à fond pour électriser les troupes. Un bon demi-millier de bénévoles prêts à faire rempart de leur corps, attendant de pied ferme les casseurs qu’on leur a dépeints et annoncés. Ils font la chaîne humaine. De Villiers teste la résistance en essayant de traverser en force. On parle de chasser les éléments extérieurs à coups de fusil s’il le faut.

Le fils commis d’office

Le bouffon s’est toujours senti solidaire, sans être gréviste à lui tout seul. Ce jour-là, il a eu un tort, celui d’aller discuter avec les manifestants et de distribuer leur tract dans l’enceinte du parc, au moins pour informer les intermittents du site. Il parle aux micros de France Bleue, d’Europe 1 et à la caméra de France 3. La chaîne régionale ne diffusera rien de ce reportage. Il faut un esprit mal tourné pour y voir un rapport entre le fait que le sujet tourné traite du spectacle et du parc nés du cerveau génial du Vicomte, qui à ses temps perdus préside le Conseil général qui finance les bureaux de la chaîne à La Roche-sur-Yon.
La scène des échanges entre les salariés du parc, le bouffon, les médias et les Puyfolais en service d’autodéfense se passe devant le maître de céans, Philippe de Villiers, son fils, le DRH Daniel Certe, et le responsable des entrées Sébastien Retailleau qui confiera qu’ «il préfère discuter avec Le Pen qu’avec les communistes». C’est le fils du prince, Nicolas de Villiers, qui congédie le malotru sur le champ. Les Puyfolais se déchaînent : «Toi l’bouffon, tu disparais ! Si t’es encore là dans cinq minutes, on te pète la gueule». Le lendemain, le chef du personnel tente de raccommoder les morceaux : il n’est pas vraiment viré. Pas de licenciement sec. Formellement, son contrat n’est pas renouvelé en fin de mois.

Avant la Bataille du Donjon, le bouffon fait chauffeur de salle, improvisant un quart d’heure au micro devant 3500 personnes, quatre fois par jour. Mais Arnaud, qui a trois cents batailles à son actif, est aussi figurant au stadium gallo-romain, et rechange de costume pour jouer les propriétaires du Relais de poste restaurant pour les deux services de déjeuner. Il est aussi responsable des équipes de comédiens et fait les plannings.

Au sein du Parc, le bouffon a comme à la cour un statut privilégié. Un pouvoir de parole. On le regarde avec une nuance de respect. Il faut dire que bien des comédiens fayottent (ici, il faudrait dire qu’ils mogettisent) et baignent en permanence dans le temps de leurs rôles, faisant des recherches sur leur personnage. «Jusqu’à intégrer les rapports des gens de l’époque. Comme une sorte de régression», note Arnaud.

Le plus étonnant, c’est ce propos du rejeton de Villiers, entre la prière et le début du souper familial : «Comment je lui ai niqué sa race à ce bouffon !»*.

* Recueilli clandestinement par une cuiller en argent stagiaire et un couteau à pain sous statut intermitron.

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