La lettre à Lulu
Lulu 101

Manitou au paradis

Pognon télescopique


L’asso Pognon-de-dingue-sans-frontières garde son siège à Ancenis, et ouvre une antenne en paradis défiscalisé.


Gros moment d’émotion mécanique à venir chez Manitou à Ancenis. Le 3 septembre, les salariés seront régalés d’une poignante cérémonie célébrant les 50 ans du « chariot à mât ». Un raout organisé par la direction du leader mondial de l’engin de manutention. Tout a commencé par Alexandre Braud et ses juteuses moiss’ batt’ en 1898. Son petit-fiston Marcel lance en 1958 le brave « A 2480 V », machine tout-terrain dotée d’une « transmission à variateur hydraulique d’avancement ». Une vraie corne d’abondance en francs, anciens et nouveaux, et en euros pour les rejetons. Marcel, 86 balais, et sa sœur Jacqueline Himsworth, 75 piges, les deux héritiers à la tête de la multinationale, pètent les places de 231e et 226e au classement Challenges des plus grandes fortunes de France. Le millésime 2017 arbore un chiffre d’affaires record de 1 591 M€, soit 19 % de croissance. Et le carnet de commande est à bloc.  

Sans doute gênée par un tel ruissellement, Jacqueline a choisi la Belgique pour léguer à ses quatre enfants une partie du pactole, comme le révèle une enquête de Mediacités (25/06) à partir des données de la base du Consortium international des journalistes d’investigation. Sans doute par souci de discrétion que cultive la tribu mais pas que : le plat pays figure au deuxième rang des paradis fiscaux européens, selon l’ONG Oxfam. Pourtant, comme le souligne un agent du fisc interrogé par Mediacités, la France leur offrait un régime de succession très favorable avec la loi Dutreil de 2003. Mais la paradisiaque Belgique propose en sus « l’exonération des plus-values réalisées sur cession d’actions » et un régime des dividendes très attractif. Comme d’hab’, le montage s’appuie sur une cascade de holdings et des domiciliations pour échapper, cerise sur le portefeuille, à l’impôt de solidarité sur la fortune. L’héritage de la moissonneuse draine toujours un pognon de dingue.


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