La lettre à Lulu
Lulu 96 - avril 2017

Marabouts de ficelle

Coût du sort


L'envoyée spéciale de Lulu en médiumnie centrale a testé pour vous deux éminent maraboutiquiers


Ils s’appellent Abouba Blablacar, maître Diams, professeur Moussa Razé, docteur Okibou, ou un truc du genre. Et ils sont très très forts. Capables de résoudre tout : problèmes de cœur, soucis de santé, mauvaise passe de bizness. Ils savent attirer la clientèle et la baraka, protéger des gros méchants ennemis, faire gagner à la loterie, réussir ses examens, retrouver du boulot, faire revenir son ex. Libido, fidélité, fertilité, cash flow, ils assurent partout.

Au-delà des promesses sur papier de flyer, j’ai testé pour vous deux de ces soi-disant grands voyants-mediums-guérisseurs officiant à Nantes… Contactés par téléphone, les deux marabouts, jeunes Guinéens habitant en résidence pour étudiants, me demandent 30 € pour exposer mon problème, une peine de cœur. Apparemment, c’est le tarif. 

Une heure de séance à chaque fois. Je leur fournis une photo de l’être aimé, et son prénom qu’ils écrivent en arabe en prononçant des incantations en dialecte africain. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que je lis l’arabe. À l’envers, je repère les fautes de leur arabe de cuisine, ce qui les décrédibilise à mes yeux malgré tout le folklore et la mise en scène de leur pseudo-art, pénombre et bougies allumées où l’encens fumant sent vite la fumisterie.

Sans promettre de résultat, le professeur Diams exige que j’achète les racines d’un arbre, dont il ferait une poudre de perlimpinpin, à dissoudre en décoction pour faire ma toilette. Mais il lui faut 160 € pour se faire envoyer la racine miracle de Guinée Conakry, seul endroit au monde où on en trouve. Je demande le nom de l’arbre, proposant d’en dégoter par mes propres moyens : le hic, c’est qu’une rapide recherche internet me montre que l’arbre en question n’existe pas et que le nom de sa racine magique est celui d’une équipe de foot guinéenne. Comme quoi, le bluff, c’est pas sorcier.

Sûr de lui, le second me réclame carrément 500 €, me garantissant que « c’est sûr, ton mari va revenir la semaine prochaine ». Ce qu’il ne sait pas, c’est que le mari en question devant d’abord décrocher un visa, il ne pourrait jamais débarquer aussi fissa, même avec la meilleure volonté du monde. À moins de bricoler une consultation bonheur en téléportation.

On ne va pas leur jeter la pierre. Ils ne sont que des réfugiés économiques tentant de joindre les deux bouts en se bricolant marabouts. La magie ou la sorcellerie sont des croyances fortes en Afrique où la pharmacopée regorge de substances aux pouvoirs surprenants, même pour les gens les plus pragmatiques. Mais bon, des praticiens en chambre d’étudiant jurant de changer le cours du destin rien que par invocation spirituelle tout en palpant du bif’, y a de quoi se méfier. La consulte avec incantation contre les pouvoirs du boniment, c’est combien ? 

Aya Gouaïch

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