La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Maraîchers pinocchios

Metamerdam


La mâche chimique a mal à son avenir. Les producteurs, avertis depuis seulement vingt ans, prétendent tomber des nues.


« La décision d’interdire le metam sodium a été prise avant même de trouver une alternative pour le remplacer, laissant les agriculteurs sans temps pour réagir. C’est le contraire de ce qu’il faut faire » gémit la FNSEA (Presse-O, 06/11). De pauvres maraîchers pris en traîtres, privés de leur pesticide favori*. « Une décision couperet, sans concertation, qui met en péril la filière », dit le syndicat des producteurs de mâche (Ouest-France, 06/11), « mis devant le fait accompli » (L’Avenir agricole, 02/11). Oh les gros menteurs ! En juillet 1999, après de premières alertes (problèmes respiratoires des riverains, cours d’eau et étangs pollués avec grosse mortalité de poissons), le préfet interdit d’appliquer par pluie ou grand vent, impose des règles de stockage des cuves, l'identification et la formation des applicateurs, une info préalable des riverains à moins de 200 m. Le 13 juillet 2009, l’Europe interdit officiellement l’usage du metam sodium, accordant des dérogations provisoires à 15 pays, dont la France, sommés de chercher des moyens de remplacer ce pesticide en sursis. En 2011, selon l’ONG Générations futures « la décision dérogatoire du Conseil (de l’Europe) oblige les 15 pays utilisateurs à rechercher sérieusement des alternatives, notamment à travers la mise en œuvre de plans d’actions… mais aucun des 15 pays n’a commencé à mettre en œuvre un tel plan (...) ! Des alternatives existent pourtant déjà, comme la pratique de rotations culturales plus longues ou l’utilisation de variétés résistantes ». Le 25 avril 2012, l’Europe classe à nouveau le metam, alias « acide méthyldithiocarbamique » parmi les 80 substances à remplacer au plus vite par des techniques alternatives, mais prolonge la dérogation jusqu’au 30 juin 2022. En décembre 2017, un rapport de l’Igas classait le métam sodium « parmi les substances  [phytopharmaceutiques à usage agricole] les plus préoccupantes » et « soumises à substitution ». Un sol chimiquement maltraité : l’info était déjà bien éventée.
Edmond Santo
* En 2018, en Loire-Inférieure, 57 exploitations (sur 200 maraîchers répertoriés) ont acheté du méta sodium pour traiter mâche, carotte et fraise.

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