La lettre à Lulu
Lulu 51 décembre 2005

Marx brothers. Une philo en béton


Patron, deux doigts de philo soluble, un glaçon et une truelle!


Ça fait classe. Pour causer de comment «donner du sens du management», l'école de commerce Audencia a réuni le 16 novembre dernier un philosophe médiatique et un patron en béton : André Comte-Sponville et Bertrand Collomb, président de Lafarge, roi du ciment, du parpaing et de l'écologie bien sentie. Le débat est animé par Jean-Claude Lewandowski, journaliste des Échos qui, hormis ce ménage, a pondu pour son journal un article élogieux sur une si vertueuse initiative. D'une pierre deux coups. «Nos collaborateurs sont de plus en plus nombreux à vouloir donner un sens à leur action», dit le roi du béton, cité par Les Échos. Ce brave homme aux opinions bien cimentées a par ailleurs déclaré que le SMIC était trop élevé en France et que ce tarif trop copieux créait du chômage. Ce qui répond sans embages à la question« Le capitalisme est-il moral ?» , titre du bouquin de Comte-Sponville en 2004.

Apparemment, la tournée de promo dure toujours. André Comte-Sponville soutient que le capitalisme n'est ni moral, ni immoral mais simplement amoral : ce qui exonère l'entreprise de se poser des questions d'éthique, puisque c'est hors sujet. Toute indignation sur les méfaits de l'ultra libéralisme est hors jeu. L'espace d'exercice naturel de la morale se limite à la conscience et à l'action individuelles. «Défendre le capitalisme en lui inventant des justifications morales, c'est idolâtrer le veau d'or. Prétendre le condamner pour des raisons morales, et moraliser l'économie, fut, aux yeux de Comte-Sponville, "l'erreur sympathique et néfaste de Marx"», commente un autre philosophe, Patrick Dupouey*.

Philosophes de tous les pays, unissez-vous ! Le capitalisme est un ni bien ni mal nécessaire.

* L'Humanité, le 12 avril 2004

Marx brothers. Une philo en béton

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