La lettre à Lulu
Lulu 65 - juillet 2009

Méli mélodrame. Divorce amiable magistraté



Forfaits d'avocats

L'infirmière prend donc une avocate, qui abandonne le dossier après deux consultations et 238 euros : pas envie de ferrailler contre une Jaf impliquée
personnellement dans une procédure de divorce. Deuxième avocate, devis de 2 990 euros, mais sans convention d'honoraires. Une somme réclamée quelques mois plus tard, alors que sa cliente a déjà versé 3 632 euros, comme l'atteste pourtant le relevé fourni par le cabinet d'avocat. Le litige n'est toujours pas réglé.
L'affaire s'envenime, la juge intervient dans le divorce, fournit des attestations indiquant nettement sa qualité à sa collègue — Jaf dans la même juridiction qu'elle-même — qui doit trancher. On aurait dû dépayser le divorce, mais ça restera en famille. Monsieur impose une expertise psychiatrique, pour lui, madame et le fiston. Élément futur de la famille recomposée devant accueillir le week-end le fils, la juge doit y passer aussi. L'expert psy est très réticent : « Vous comprenez, ce sont les JAF qui nous mandatent, et qui nous payent ». Son expertise se résumera à une audition recueillant sans commentaire les confidences de la juge. Elle y avance que l'épouse de son concubin est manipulatrice et instrumentaliserait son propre fils. Question instrumentalisation, on oubliera la lettre dictée par son père.
Une avocate écrit en lâchant l’affaire : « Compte tenu du contexte très particulier de votre dossier résultant des relations "privilégiées" que votre époux entretient avec un juge des affaires familiales de Nantes, j'ai souhaité m'assurer auprès du bâtonnier de l'Ordre qu'il n'y avait pas de difficulté pour que j'intervienne au soutien de vos intérêts (...) il m'a répondu qu'une telle intervention apparaissait peu souhaitable, le barreau préférant privilégier les relations entre avocats et magistrats ».
Alerté, le ministère de la justice a demandé à la cour d'appel de Rennes son avis sur la déontologie d'une magistrate spécialisée, impliquée dans un tel méli-mélodrame. « Même s'ils visent des aspects de sa vie privée, les comportements d'un magistrat n'en ont pas moins un retentissement à l'extérieur dans la mesure où ils portent atteinte à l'image de celui qui est appelé à juger autrui et, par voie de conséquence, à l'institution judiciaire elle-même », note le conseil supérieur de la magistrature.
Le principe de divorce sans grief est accepté par les deux. Une mesure provisoire accorde 250 euros de pension pour l'enfant, que le père commence par ne pas payer, jusqu'à ce que gendarmerie et huissier passent par là. Mais rien n'est bouclé, le dépôt des conclusions de monsieur ayant été reporté sept fois.

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