La lettre à Lulu
2009

Mongols fiers

La dérive des trois continents


Pour débarquer le président du festival des trois continents, on a fait voter des sans papiers. Administrateurs, certes, mais irréguliers quand même. Que fait la police des scrutins associatifs et des embrouilles en contrechamp?


Mongols fiers
Ejecté, destitué à trois voix près. Le 17 juin dernier, le conseil d'administration a débarqué le président du festival, le journaliste néo-retraité Alain-Pierre Daguin. Le fautif était trop opposé aux Jalladeau brothers, les créateurs fondateurs qui ont miraculeusement obtenu un vote bien arrangeant pour leurs affaires. Le scrutin n'a pourtant pas véritablement tous les symptômes de la sincérité, de la probité et de la légalité.

Dans sa séance suivante, le 23 juin dernier*, le conseil d'admnistration du festival des trois continents a dû reconnaître que les votes ont été truqués, mais en s'empressant d'entériner, et donc d'enterrer, l'embrouille patente. En termes pudiques, ça donne: "Les conditions ou modalités de vote pour élire/renouveler le conseil d'administration n'ont pas été rigoureuses". Cinq administrateurs ne pouvaient pas voter, n'étant pas à jour de leur cotisation, certains depuis trois ans. En plus, les procurations (un pouvoir seulement par personne) ont été un peu gonflées: "Ces résultats ont mis à jour les pouvoirs (1? 2? ) qui ont été complétés en dehors du bureau de l'association où ils auraient dû être déposés ou envoyés dûment remplis, et des adhérents non à jour de leurs cotisations (2006 et 2007) qui ont participé au vote". Un peu plus et on rameutait des macchabées de Corse et du Kazhakstan. "Quelles conclusions en tirer? Faut-il valider ces élections? Les annuler? Convoquer une assemblée générale extraordinaire? Est-ce juridiquement contestable?", reprend le compte-rendu. Des questions posées par un seul administrateur, qui s'est abstenu quand le reste des 17 moutons a répondu aux questions gênantes par une phrase sibylline, mise aux voix et approuvée: " Le CA a constaté que deux personnes ayant pris part aux votes n'étaient pas à jour de leur cotisation". Circulez.

Et les vieux schnocks pompaient

On pourrait dire que cette entorse aux votes est banale dans une association. Sauf que ce festival brasse quand même 1,1 million d'euros de budget. Et que la manip' a permis de débarquer illicitement un président qui contestait la manière de faire des deux frangins fondateurs. Il était question de leur confier une dernière mission pour cette année des trente ans, puis tapis rouge et place aux jeunes. Sauf que maintenant les brothers parlent de leur 31e édition. Accrochés comme des berniques. "On n'a pas trouvé le successeur", dit Alain Jalladeau, le cadet, 68 ans aux prunes. Succession, transmission? "On ne s'est pas posé la question", dit Philippe, bientôt 71 balais. "Mais si la 30e édition se passe mal, le festival peut s'arrêter là", lâche Alain.
Ils étaient l'an dernier sous contrats de travailleurs indépendants, avec honoraires. L'Ursaff est passé par là, et a trouvé la formule totalement irrégulière pour deux "prestataires" qui ne travaillent que pour le festival et y avaient bureau permanent. L'affaire n'est pas réglée. Désormais, les frangins sont en CDD jusqu'à fin décembre. Deux sièges éjectables bien boulonnés.

Plainte et nom déposés

Flash back sur un festival de cinéma au bord de la crise de nerfs. Les frères Jalladeau ont conçu, lancé et tenu le festival depuis 1979. Une fois septuagénaires, l'un quasi, l'autre déjà, ils se crispent à l'idée de passer la main. Conflit avec les jeunes salariés du festival qui vivent très mal le quotidien, régulièrement traités d'"incompétents" par les deux frères, vaches sacrées cultivant la vacherie et pères fondateurs capables de coups de gueule réguliers. Philippe l'a déjà dit: "C'est vrai que je m'échauffe très vite. Alain aussi, mais il ne le reconnaît pas et n'est pas toujours de bonne foi (...) Nos discussions ne sont pas calmes, mais cinématographiques : c'est de bonne guerre, c'est sain".
" ...Et fatiguant pour l'entourage", ajoutait Alain, plaidant la passion**.
Une passion fatigante au point que cinq salariés sur six ont déposé plainte l'an dernier contre lui. Motif? Harcèlement moral au travail. "C'est du passé", évacue Alain. Ayant déposé le nom du festival à l'Institut national de la propriété intellectuelle, son frère Philippe a réclamé une rente de 260 000 euros, à verser en dix ans. Les deux camps, association et Jalladeau, ne se sont plus parlé que par avocats interposés. Finalement, un compromis est trouvé: 34 000 euros alloués pour solde de tout compte au seul Philippe, même si la légende parle toujours des deux frangins co-fondateurs. Rien à voir avec les parachutes dorés tant décriés, octroyés à des gens qui partent, pas à ceux qui se tapent l'incruste.

Anciens et modernes

Juste avant les municipales, Ayrault et son entourage avaient fortement conseillé de ne pas faire de vagues. Ils ont serré les fesses lors de la cérémonie de clôture 2007, craignant un esclandre des Jalladeau. Ayrault y est allé de son lapsus: "Le festival des trois continue..."*** On devait leur confier une dernière mission pour finir en beauté sur le trentième anniversaire. Depuis, ils ont repris leur place. Parmi les jeunes de l'équipe salariée, le directeur et l'administratrice ont jeté l'éponge.
L'an dernier, à la cérémonie de clôture, le président Daguin avait cité Bernanos: "C'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le monde à température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque les dents." Sortez vos grabats, et vos moumoutes.
Youcef Chagrine
* dont le compte-rendu est tombé sous la main et l'œil de Lulu, qui s'est fait greffer une pupille sous chaque doigt.
** mensuel municipal Nantes Passion, novembre 2003,
***“Nous ne vieillirons pas ensemble“, Lulu n°58, décembre 2007

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