La lettre à Lulu
N°98-99 - décembre 2017

Nantes Métraudencia

Respons-habilité


Pour qu’Audencia se goinfre, on peut compter sur des postes croisés. État de la croisade.


Entre la métropole et l’école, les intérêts se croisent et se recroisent, les individus aussi. Deux des 21 administrateurs d’Audencia, Pascal Bolo et Bertrand Affilé, sont des élus de Nantes métro. Mais il y a d’autres passerelles public-privé. D’autres doubles casquettes. Dirigeant à Audencia et double élu, à Nantes et à la métropole, André Sobczak est un homme clé. Lors d’une étape du « tour de France du bonheur au travail » (sic !), il défend la responsabilité sociale, son dada, par la création de nouveaux modèles « qui ne sont pas uniquement fondés sur la dimension financière, même si elle est bien évidemment importante »*. Mais le financement public, il ne crache pas dessus. Par une convention 2015-2017, Nantes métropole verse tous les ans 300 000 € à Audencia, pour valoriser les recherches (les élucubrations de futurs patrons au bénef des actuels patrons), financer une « reconnaissance internationale d’un pôle d’expertise métropolitain dans le domaine de la gestion », accueillir accessoirement quelques étudiants dits « méritants » des quartiers populaires (BA renommée « sujétion de service public »), subventionner les junior-entreprises des étudiants dont les papas et mamans versent déjà 13 350 € à 21 500 € par an, rien que pour la scolarité, sans compter les menus frais, studio où coller le plumard king size, champagne et ortolans à tous les repas.

Auto-partner public privé

En 2015, Nantes métro a ajouté un rab de 20 000 €, pour financer un document de promo de 28  pages à la gloire d’André Sobczak vantant la RSE (lire responsabilité sociétale des entreprises). Grand Hambourgeois**, élu un an avant et chargé de la RSE (mais aussi des PME et des TPE, une fixette sur les acronymes à trois lettres finissant par E), 15e vice-président de Nantes métro où il soigne des conditions imposées aux entreprises dans les marchés publics, l’intéressé connaît les codes pour paraître réglo : « Je n’ai jamais pris part aux votes concernant Audencia, école au sein de laquelle je suis en effet membre du comité de direction », répond-il à Lulu. Sans pousser non plus l’éthique jusqu’au renoncement à des financements si bien servis. Un intéressé bien en chaire Et il souligne que son élection sur la liste de Johanna Rolland a reçu un blanc-seing : « Une étude juridique indépendante avait validé que cette situation ne créait pas de conflit d’intérêts dans la mesure où le soutien de Nantes métropole à la chaire RSE existait bien avant mon élection et correspond à des services réels apportés à la collectivité, en particulier le temps dédié par les deux chargées d’études [salariées d’Audencia] de la chaire RSE à l’animation de la plate-forme RSE de la métropole. » Rappel : la responsabilité sociétale, la vraie, c’est pas la bonne conscience. Faut attendre et entendre source de compétitivité, avantage concurrentiel, gain de performance économique garanti, rentabilité à terme, « gouvernance » bien huilée. Bref, plus de profits. « Une rentabilité supérieure de 12 % selon une étude nationale », claironne Sobczak qui aime bien citer les études.

Écureuil et godasses

La chaire de Sobczak est sponsorisée par Nantes métro (mais pas trop), les Galeries Lafayette (succursaliste de marques), KPMG (audits et commissariat aux comptes), Caisse d’Épargne (écureuilleries), Sodexo (boustifaille), le groupe Keran (bridgeur en paquebot), Bel’M (portillonneur mené par l’ancien président du Medef 44) ou Eram (godasses mondialisées). Le site de la chaire a une bibliographie bien gardée, rien que des articles et bouquins du boss Sobczak, comme Le Respect des codes de conduite dans les réseaux de sociétés et autres topos sur la responsabilisation du salarié, ou l’éthique. Quand il change de casquethiquette, il compte les votants pour l’aide à son propre boulot. Le profil LinkedIn de Sobczak livre sa vision, en sabir dans le texte : « Mon ambition est que l'école développe une recherche différenciante dans ses thématiques et ses méthodes qui a un impact transformationnel sur les entreprises et la société et qui est donc coconstruite avec les différentes parties prenantes lesquelles contribuent à son financement. » Le fin du fin de la responsabilité sociétale, c’est d’être soi-même toutes les parties prenantes, co et con à la fois. Et vive le coconfinancement.
Zaccharie Sob et Enrico Construibczak

* Le 2 février 2017 au CCO, vidéo sur youtube.
** Il est né à Hambourg. On s’en fout mais c’était juste pour le jeu de mots à deux balles.
Nantes Métraudencia

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